Porte-parole : profession à risques…

Quelle activité quotidienne occupe le Pape François et Lise Watier ? Le président de la RBC et Caroline Néron? Yves-Thomas Dorval et Anick Lemay ?

Tout comme Martine Desjardins, le Commandant Ian Lafrenière et Cora Tsouflidou, ils sont des porte-parole.

Ici s’arrête la comparaison puisque l’exercice de leurs fonctions varie tellement, d’un cas à l’autre…

Certains sont élus et très actifs en relations de presse :

  • le Dr Gaétan Barrette, président de la Fédération des médecins spécialistes du Québec
  • Martine Desjardins, présidente – jusqu’au 30 avril prochain – de la Fédération étudiante universitaire du Québec

D’autres, à titre de dirigeant d’une organisation, sont les porte-parole officiels lorsque leurs dossiers se trouvent au cœur de l’actualité :

  • Gord Nixon à la RBC
  • Léopold Turgeon au Conseil québécois du commerce de détail
  • Le Cardinal Marc Ouellet, Préfet pour la Congrégation pour les Évêques catholiques

Quelques-uns sont des communicateurs à temps plein :

  • Ian Lafrenière au SPVM
  • Isabelle Tremblay à la STM
  • Maxime Chagnon à la Caisse de dépôt
  • Marie-Claude Rivet chez Loto-Québec
  • Jasmin Lemieux-Lefebvre au Diocèse de Québec

Quelques personnalités du monde culturel s’associent à des marques :

  • Anick Lemay est « Madame Uniprix »
  • Patricia Paquin est « Madame Moi & Cie. »
  • Lise Watier et « Madame Cora » prêtent leur propre nom à leur marque.

 

Pour incarner et humaniser les organisations et les marques

Le rôle d’un(e) porte-parole consiste principalement à :

  • incarner et humaniser l’organisation et ses marques;
  • créer un lien constant avec les différents publics (notamment les médias);
  • livrer des messages clés de façon professionnelle;
  • être un point unique de contact;
  • augmenter le rayonnement de l’organisation et améliorer sa perception auprès de ses différents publics.

Les porte-parole permettent aux organisations et aux marques d’être mieux connues, mieux comprises et plus appréciées.

Malgré toutes les meilleures intentions du monde, les gens bien attentionnés – avec une bonne diction et une excellente connaissance de leurs dossiers – ne deviennent pas automatiquement d’excellents porte-parole. C’est plutôt exceptionnel…

Tout porte-parole doit notamment :

  • s’exprimer clairement;
  • synthétiser des enjeux complexes en quelques secondes;
  • capter l’intérêt lorsqu’il parle;
  • être crédible;
  • être disponible;
  • avoir idéalement de l’expérience avec les médias traditionnels et sociaux;
  • avoir une personnalité compatible avec l’organisation;
  • pouvoir s’effacer derrière l’organisation et ses marques;
  • être empathique avec les différents publics;
  • savoir écouter et respecter les consignes;
  • pouvoir composer avec le stress.

Il est tout à fait normal que les porte-parole soient tous différents les uns des autres puisque, au-delà des cultures organisationnelles et des cadres souvent rigides dans lesquels ils évoluent, chacun a sa propre personnalité.

Pour illustrer ce blogue, j’ai choisi une photo du Pape François. Tout comme ses prédécesseurs, il est le porte-parole ultime de l’Église catholique et, à ce titre, il doit déterminer et livrer les principaux messages-clés. Mais, si l’on se fie à l’image d’ouverture et de compassion qu’il dégage depuis son entrée en fonction, une question se pose : osera-t-il défendre l’indéfendable ?

Voici deux porte-parole qui, dans des univers bien différents – et pourtant dans l’actualité à cause d’un même enjeu – se démarquent dans l’actualité :

 

Martine Desjardins: aplomb et sourire déconcertant

Passée instantanément des bancs de l’université aux tribunes que lui offrent les médias traditionnels et sociaux, Martine Desjardins aura été au cœur de l’actualité québécoise depuis plus d’un an; elle quittera les feux de la rampe dans quelques jours puisqu’elle a choisi de ne pas renouveler son mandat à la FEUQ.

Lors du chaud printemps 2012, Martine Desjardins était dans l’ombre de « la coqueluche de ces dames », Léo Bureau-Blouin, et du « militant hyper-militant » Gabriel Nadeau-Dubois. Malgré cela, elle parvenait toujours à passer ce qu’elle avait à dire.

Cette année, le contexte est bien différent : la douce Éliane Laberge, de la FECQ, ne parvient pas à s’imposer et Jérémie Bédard-Wien, de l’ASSÉ, a rendu les armes.

Martine Desjardins est venue sur la place en « risquant » de parvenir à se démarquer. Pari gagné !

Avec son aplomb et son sourire déconcertant, elle me rappelle une formidable porte-étendard de la cause souverainiste et de la langue française : Louise Beaudoin.

 

Ian Lafrenière : focus et clarté

Bien qu’il ait choisi de consacrer plusieurs années de sa carrière aux communications du Service de police de la Ville de Montréal (SPVM),  je suis convaincu que le Commandant Ian Lafrenière  en a parfois ras le bol…

Jour après jour, et en particulier depuis le printemps 2012, il doit défendre les décisions réfléchies du SPVM et celles qui sont prises, dans le feu de l’action, par ses milliers de collègues. Autant celles qui vont de soi que celles qui nuisent à la réputation du SPVM – et ce, à toute heure ; les conséquences de certaines de ces décisions font parfois le tour du monde via les médias traditionnels et sociaux…

Les médias sociaux ont changé fondamentalement notre façon de « croire » un événement.

En effet, trop de gens ne s’en tiennent uniquement qu’à ce qu’ils voient, lisent et entendent dans les médias sociaux. Et ce, sans tenir compte du contexte véritable et… des secondes et minutes précédentes.

Dans ce contexte, le Commandant Ian Lafrenière serait-il malheureusement devenu – comme le dit l’expression – un messager sur lequel on peut tirer ?

Malgré une pression constante, le Commandant Ian Lafrenière parvient à garder le focus et son sang-froid en toutes circonstances. Il est sans contredit un modèle à suivre. 

Évitons de tirer sur le messager…

Que l’on aime ou pas certaines industries (tabac, alcool, essence, militaire, mines, etc.), leurs activités sont permises grâce à des lois qui ont été votées démocratiquement.

Et que l’on soit d’accord ou non – la démocratie a quand même le dernier mot ! – ces industries et les entreprises qui les composent ont tout-à-fait le droit de faire connaître et comprendre leurs points de vue, et ce, grâce à des porte-parole qui mettent en jeu leur expertise, leur passion et leur réputation. Parfois même… leur sécurité.

Pourrions-nous distinguer les porte-parole des enjeux qu’ils se doivent de commenter ? Je le souhaite, dans le plus grand respect des individus.

De nos jours, l’industrie du tabac est confinée à un rôle secondaire dans l’actualité. Mais, il y a moins d’une décennie, alors qu’Imperial Tobacco était un employeur et un commanditaire très important à Montréal, son porte-parole Yves-Thomas Dorval remplissait admirablement son mandat, malgré… toutes sortes de critiques.

Pour sa part, Carol Montreuil a vécu l’enfer à titre de porte-parole de l’Institut canadien des produits pétroliers. Imaginez : en 2006, son automobile a explosé dans le stationnement de sa résidence ! 

En 2013, tout comme dans le passé, les menaces visant l’intégrité physique d’un porte-parole n’ont aucune raison d’être. Pourquoi ? Tout simplement parce que nous ne sommes pas au Far West !

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2 commentaire(s)

  1. Marie Morneau 7 années auparavant

    Bonjour Pierre,
    J’ai trouvé ce texte particulièrement intéressant. Faire un lien, via leur image de porte-parole, entre des gens qu’on ne comparerait pas à priori m’a beaucoup plu. De plus, la responsabilité qui leur incombe relativement à ce dont ils parlent publiquement me semble indéniable. Contrairement à GND, un porte-parole ne peut pas dire « je ne suis que porte-parole ». Ce qu’il dit l’engage personnellement. Il ne peut pas être en désaccord avec ce qu’il dit. Ce n’est pas un simple porte-voix. Il est à la fois l’image et la voix d’une organisation ou d’une cause, et à ce titre il est responsable des messages qu’il diffuse. On n’est pas simplement porte-parole. On supporte l’entreprise au nom de qui on parle et on teinte aussi l’image corporative. Bravo. Bon départ ce matin.

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  2. Michel Pagé 7 années auparavant

    J’avoue ne pas avoir rapidement fait le lien entre les noms d’individus et le lien de porte-parole… le lien entre l’individu et la cause est inmanquablement « cimenté ».

    L’autre portion du sujet : « l’individu ou profession à risque »; le danger est fortement présent…; car les moyens de communication utilisés sont effectivement incomplets. L’orateur ne peut pas être simultanément recréé avec son auditoire, d’où la difficulté quasi insurmontable, d’ajuster son discours selon le manque de « complétude d’information », de chaque individu, c’est à dire: entre le porte-parole et les gens de l’auditoire, d’une part et d’autres parts, le positionnement (valeur personnelle) qui peut énormément différer d’un individuel à un autre…

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