Journalisme et relations publiques : deux professions en transformation

Source : www.auto-entrepreneur.fr

Dans un récent bloque intitulé Lettre ouverte aux professionnels des relations publiques, M. Julien Brault, journaliste pour Les Affaires, s’ajoute à la liste des innombrables journalistes qui, au fil du temps, ont cassé du sucre sur le dos des « relationnistes ».

Plusieurs des faits soulevés par M. Brault surviennent malheureusement encore en 2016, dont celui-ci : une incroyable quantité de gens s’improvisent « relationnistes » et rédigent des communiqués de presse remplis de citations creuses – qui sont plutôt des publi-reportages déguisés, comme cela était monnaie courante dans « l’ancien temps », c’est-à-dire il y a… quelques années à peine.

Ceci dit, il est regrettable que l’irritation provoquée chez M. Brault par de telles démarches inappropriées soit présentée comme étant un mode d’activité généralisé en relations de presse.

 

Une telle charge vient jeter du discrédit

sur une profession devenue indissociable

de l’évolution des sociétés modernes :

celle des relations publiques.

 

Revoyons quelques-unes des affirmations de M. Brault :

 

  • « Chers professionnels des relations publiques »

Heureusement, M. Brault utilise d’entrée de jeu l’appellation « contemporaine » de notre profession : nous sommes des professionnels des relations publiques. Et ce, peu importe si certains consacrent leur pratique au conseil stratégique, à la prévention et à la gestion de crise, à la rédaction, aux relations de presse, à l’évaluation, etc.

Encore aujourd’hui, bien des gens s’identifient comme « relationnistes », ce qui démontre à quelle époque ils ont commencé à travailler, et à quelle époque ils s’identifient…

 

  • « Lorsque vous me contactez pour que j’écrive sur une publicité de dentifrice (un des derniers courriels que j’ai reçus), vous perdez votre crédibilité »

M. Brault a raison. Mais il omet de parler de tout qui se trouve en marge de ces exceptions, c’est-à-dire des nombreuses sollicitations de qualité dont il doit certainement faire l’objet, jour après jour.

Qu’il s’agisse de la transaction Rona-Lowe’s ou des multiples acquisitions par Couche-Tard, des succès médiatiques du Cirque du soleil, de Simple Plan et de Moment Factory aux quatre moins du globe, en passant par l’arrivée de Didier Drogba à Montréal, etc. : il s’agit de stratégies de communication mises au point et réalisées par des professionnels crédibles.

Nos collègues qui travaillent dans les cabinets et les organisations sont créatifs et rigoureux, et ils contactent les journalistes lorsqu’ils ont des éléments qui permettront aux médias de « créer de la nouvelle ». Ils sont également disponibles pour répondre aux questions lorsque les journalistes les appellent ou leur envoient des courriels.

 

  • « Vous feriez mieux votre travail en disant «NON» à vos clients et à vos patrons »

Les stratèges en relations publiques et les attachés de presse d’expérience consacrent beaucoup de temps à sensibiliser les dirigeants des organisations à la réalité du journalisme d’aujourd’hui. Ils sont les premiers à faire un tri à travers les nombreuses suggestions de « bonnes nouvelles » que tout un chacun peut lancer dans les organisations.

Ils se questionnent constamment : « Est-ce vraiment une nouvelle ? » et « Comment pouvons-nous l’exploiter efficacement au bénéfice de tous? ».

Par ailleurs : si les journalistes participaient aux rencontres de préparation que nous avons avec nos clients et patrons, ils seraient surpris par l’influence grandissante et la valeur ajoutée que les professionnels des relations publiques apportent à la table des décideurs. Autrement dit : nous leur disons « NON » très souvent !

 

  • « J’ai de moins en moins le temps de lire des communiqués, un outil qui a fait son temps »

Nous l’avons réalisé il y a un bon moment déjà. C’est pourquoi nous écrivons maintenant très peu de communiqués de presse, offrant plutôt des primeurs ou des exclusivités aux médias, et ce, sous forme d’approches personnalisées et de fiches d’information.

 

  • « Vous n’avez plus besoin de nous, les journalistes, pour communiquer avec vos audiences cibles »

Faux. Même s’il existe de nouveaux canaux pour diffuser une nouvelle, les stratèges en communication comptent encore beaucoup sur la « validation » des médias traditionnels afin que leurs nouvelles soient reprises, traitées et analysées. Nous respectons énormément la relation établie – parfois difficilement au fil du temps – entre journalistes et professionnels des relations publiques.

 

  • « Vous avez un bel avenir devant vous. Un avenir certainement plus rose que celui d’un journaliste comme moi »

C’est vrai que, depuis la dernière décennie et selon ce que permet d’imaginer l’avenir, celui-ci est plus prometteur pour les professionnels en relations publiques que du côté du journalisme.

 

Ceci dit, il y a une évidence :

 

Alors que les supports techniques des médias

continueront d’évoluer rapidement,

le rôle-clé des médias dans notre société

demeurera incontournable.

Et celui des relations publiques, tout autant.

 

Et même s’ils aiment bien critiquer les « relationnistes », il reste un fait : énormément de journalistes, de recherchistes et d’animateurs apprécient le contenu de qualité (recherche de renseignements, sources crédibles pour des entrevues, etc.) que leur fournissent les professionnels des relations publiques – souvent sans crédit ni reconnaissance…

 

Évolution et respect

Il est évident que les journalistes et les professionnels des relations publiques continueront de communiquer des faits à des publics. Et, de plus en plus, les uns comme les autres placeront la conversation au cœur de leurs démarches. Continuons de le faire dans le respect et la compréhension mutuelle de nos professions… en gardant les canaux de communication ouverts.

 

Texte cosigné par:

Pierre Gince, ARP , président de Alliance des cabinets de relations publiques du Québec (ACRPQ)

Youssef Amane, conseiller principal, DIRECTION Communications stratégiques

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