10 trucs pour rédiger une excellente allocution

Pierre Karl Péladeau

À première vue, rien n’unit Pierre Karl Péladeau et Martin Luther-King : leurs origines, tout comme les causes défendues, sont diamétralement opposées. Leur aisance en public est également fort différente. Pourtant, tous deux ont choisi de promouvoir une société différente et d’y consacrer leurs meilleures énergies.

Dans mon blogue du 5 mai dernier intitulé S’exprimer avec son cœur ? Oui. Mais… pas par cœur ! , j’insistais sur l’importance de la préparation de toute présentation devant différents groupes.

Aujourd’hui, j’ai envie de continuer dans cette veine en attirant votre attention sur le contenu des présentations. Et ce, en analysant deux allocutions : l’une, présentée le 15 mai dernier par le nouveau chef du Parti Québécois, Pierre Karl Péladeau; l’autre, de Martin Luther-King, qui n’a plus besoin de présentations après avoir marqué plusieurs générations.

Loin de moi l’idée d’élever la première allocution de PKP à titre de président du PQ au niveau de celle, si marquante, de Luther-King. Mais, lorsque l’on s’y arrête, ces deux allocutions ont plusieurs traits en commun…

Une recette en 10 ingrédients

Voici quelques trucs qui semblent avoir été pris en considération par l’entourage de M. Péladeau en toute fin de campagne, et qui ont sans doute guidé l’instinct de Martin Luther-King, à une autre époque :

  • Identifier des groupes – parfois même des personnes – à qui l’on souhaite s’adresser tout particulièrement

Comment peut-on atteindre nos cibles ? En prenant le temps de les identifier très précisément !

  • Établir précisément les messages-clés
  • Être empathique et rassembleur
  • Raconter une histoire

Il faut rapidement capter l’intérêt de l’auditoire afin que ce chacun se dise : c’est pour moi que cette personne est venue parler !

  • Avoir une image forte qui, espérons-le, animera les discussions
  • Écrire en pensant à des gens que l’on connaît et qui pourraient entendre cette allocution
  • Tester les messages clés auprès de gens de confiance
  • Prendre le temps pour répéter l’allocution
  • Se familiariser avec l’environnement où sera livrée l’allocution
  • S’approprier le texte afin d’être authentique !

PKP : élargir sa base de sympathisants… In English!

Voici quelques éléments qui démontrent bien la préparation qui a mené à cette allocution de PKP, le 15 mai dernier :

  • Il a identifié des groupes et des personnes en particulier.
    Une fois élu, PKP doit maintenant séduire non seulement les sympathisants du Parti Québécois, mais également les Québécois qui ont des « atomes crochus » avec l’indépendance du Québec et la social-démocratie. Le recours à des mots tels « succès » et « fierté » (pour des sympathisants égarés) et « progressiste » (pour Marc Laviolette et la clientèle d’Option Nationale) n’est pas le fruit du hasard…
  • Il a raconté une histoire.
    Ses premiers mots ? « Le 20 mai 1980… » afin d’illustrer ce qui l’a profondément marqué, à un moment charnière de l’histoire de sa nouvelle famille politique.
  • Il s’est imposé une gestuelle.
    Pour être conséquent, PKP devait rappeler son engagement à faire du Québec, un pays. Mais, contrairement au moment de l’annonce de son arrivée en politique, il l’a fait… les mains dans ses poches !
  • Il a parlé anglais !
    Après avoir été critiqué pour avoir crié « En français ! » à un groupe de musiciens en Abitibi, voici maintenant PKP qui s’exprime longuement en anglais – sans doute une première dans les annales du Parti Québécois !

Pourquoi ? Dans sa démarche visant à devenir Premier ministre, PKP doit démontrer qu’il maîtrise très bien cette langue (contrairement à quelques-uns de ses prédécesseurs) ; envoyer un message clair aux nations anglophones du Canada et d’ailleurs ; et démontrer l’ouverture de ses militants à cette langue.

Une intervention en anglais au PQ sans huées ? C’est nouveau !

Martin Luther-King : frapper l’imaginaire !

Faits saillants de l’allocution prononcée par Martin Luther-King le 28 août 1963 :

  • Il a identifié des groupes et des personnes en particulier.
    Il est clair que Martin Luther King a profité de cette tribune pour, à la fois, rassurer sa base et faire appel à l’ouverture de la majorité blanche.
  • Il a établi précisément ses messages-clés.
    Dans un texte qui coule de source, ce pasteur a rappelé les inégalités du siècle précédent, tout en parlant d’avenir avec espoir.
  • Il a raconté une histoire.
    Ses premiers mots ? « Il y a 100 ans, un grand Américain… »
  • Il a été empathique et rassembleur.
    Luther King avait bien saisi l’importance du moment et savait très bien qu’il devait prononcer une allocution marquante. Et il a admirablement réussi, touchant les cœurs et les esprits avec un texte des plus captivants.
  • Il a utilisé une image (qui est devenue forte).
    Le fameux « I have a dream » a été percutant parce que Martin Luther King l’a utilisé dans la dernière partie de son allocution, le répétant à de très nombreuses reprises pour débuter ses affirmations. Et plus il se passionnait, plus la foule s’enflammait !

À elle seule, l’affirmation « I have a dream » n’avait rien pour soulever la foule. C’est sa répétition, habilement écrite et livrée, qui a fait époque !

Ce qu’il faut retenir ? Ce n’est pas le hasard qui produit des allocutions de grande qualité, mais plutôt les efforts en stratégie et en rédaction. Autrement dit : la PRÉ-PA-RA-TION !

Avant même de penser à se démarquer à une tribune, je vous suggère d’avoir ces 10 trucs en tête !

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