Vol à l’étalage et gestion de réputation

Lu Chan Khuong

Claude Charron, ce fut un veston. Lorraine Pagé, des gants. Et Me Lu Chan Khuong, des jeans.

Peut-on pour autant trouver un dénominateur commun entre les chutes brutales de ces personnalités dans l’opinion publique ?

Oui… et non.

Claude Charron : l’ombre, puis… un superbe retour !

En 1982, au sommet de sa carrière politique, le Leader parlementaire du gouvernement Lévesque démissionne abruptement, après avoir été arrêté pour un vol chez Eaton.

La classe politique est alors ébranlée : le PQ perd un joueur de concession et les libéraux sont ravis du départ de cet exceptionnel tribun qui n’était pas encore sorti du placard – à une époque bien plus difficile qu’aujourd’hui pour de telles sorties.

Instantanément, Claude Charron disparait de la scène publique et, durant les années qui ont suivi, son téléphone pour des emplois de qualité n’aurait pas beaucoup sonné…

Heureusement pour lui et l’ensemble des Québécois : après avoir publié sa biographie Désobéir – les chanceux pourront se procurer un exemplaire usagé – Claude Charron a connu une formidable carrière à la radio (CKAC) et à la télévision (TVA et Radio-Canada).

 

Lorraine Pagé : avis de recherche…

En 1999, la présidente de la Centrale de l’enseignement du Québec (devenue la CSQ) quitte ses fonctions dans la honte, après avoir été arrêtée à la Place Versailles. Condamnée, elle porte sa cause en appel et est acquittée en 2000.

Durant de nombreuses années, Lorraine Pagé fut totalement absente des débats d’actualité – qui n’ont pourtant aucun secret pour elle !

Puis, en 2013, elle est revenue sur la scène publique – franchissant les immenses portes de l’Hôtel de ville à titre de conseillère municipale à la Ville de Montréal. Depuis, elle assume également les fonctions de chef de sa formation politique : Le Vrai changement pour Montréal.

 

Me Lu Chan Khuong : une bataille à la Rocky !

Le 1er juillet dernier, La Presse dévoile que la nouvelle présidente de l’ordre professionnel des avocats – qui doit protéger le public – a été arrêtée en 2014 pour une histoire de… vol.

Me Khuong refuse alors de démissionner de son poste de Bâtonnière pour un épisode de vol de jeans déjà achetés chez Simons à Québec, qu’elle avait en sa possession dans un magasin de cette chaîne à Laval et qu’elle aurait payés une 2e fois plutôt qu’une autre paire… Ajoutez à cela la notion de déjudiciarisation de l’histoire et la situation s’emballe !

Premier verdict – de ses pairs : elle est aussitôt suspendue.

Deuxième verdict – au tribunal de l’opinion publique : Me Lu Chan Khuong a été jugée et condamnée : selon un sondage CROP/La Presse diffusé vendredi dernier, 46 % de la population de Québec (où elle pratique) croit qu’elle devrait quitter son poste, contre 32 % qui l’appuient.

Mais qu’à cela ne tienne : la bataille de Me Khuong pour retrouver son poste prestigieux – et redorer sa réputation écorchée – semble loin d’être terminée : nombreux appuis de ses pairs, mise en demeure et demande d’excuses publiques à son ordre professionnel… l’été sera mouvementé !

 

Une recette en trois étapes

Après les bourdes de Claude Charron et de Lorraine Pagé, qui aurait cru qu’ils parviendraient à se réhabiliter, quelques années plus tard, auprès des Québécois ?

Lorsque survient une crise qui affecte votre réputation, il existe une recette toute simple, que Me Lu Chan Khuong a choisi de ne pas suivre.

Cette recette comporte trois étapes. Seulement trois. Mais… elles sont « douloureuses » pour des gens habitués à rayonner sous les feux de la rampe et à imposer leurs façons de faire !

Étape 1 : s’excuser.
S’excuser… Que c’est difficile !

C’est pourtant ce que Claude Charron a fait lorsqu’il a quitté l’Assemblée nationale, et notamment dans son excellent livre paru l’année suivante. Dans le cas de Mme Pagé, c’était différent puisqu’elle clamait son innocence – ce qui a été confirmé par les tribunaux en 2e instance.

S’excuser sincèrement, c’est un passage obligé. Faire semblant du bout des lèvres, ou déplacer le blâme, c’est pire que de se taire…

Étape 2 : se faire oublier.
Claude Charron l’a fait. Lorraine Pagé aussi.

Se retirer du cœur de l’action est sans doute l’une des conséquences les plus douloureuses, lors d’une telle chute.

Pourtant, cette étape est très souvent nécessaire. Il faut laisser l’eau couler sous les ponts.

L’ancien président français, François Mitterand, disait avec justesse : « Il faut laisser du temps au temps ». Sinon, le public continuera de vous juger pour votre bourde, oubliant tous vos autres bons coups…

Convaincue qu’elle a raison, Me Lu Chan Khuong a plutôt choisi de se battre, tel Rocky ! Partant de la fuite illégale de son histoire de vol de jeans, elle évoque plusieurs points de droit. Et, plus largement, le programme électoral qui, il y a quelque semaines à peine, lui a permis d’être élue haut la main à la tête de son ordre professionnel.

Étape 3 : surprendre, en proposant une nouvelle contribution à la société

Après leurs éclipses, Claude Charron et Lorraine Pagé sont revenus radieux sur la place publique, proposant leurs services sous un nouveau jour : M. Charron comme animateur d’émissions d’affaires publiques, Mme Page comme élue municipale.

Au retour, il faut miser sur les forces que le public nous reconnait, mais surprendre – arriver là où l’on ne nous attend pas. Ce qui limite les comparaisons avec jadis.

Le grand public a rapidement fait confiance, une fois de plus, à Mme Pagé et à M. Charron. Au point où l’excellente émission Le match de la vie n’a jamais été remplacée à TVA. Et que dire du formidable tandem Pierre Bruneau-Claude Charron, au bulletin de nouvelles ?

Jusqu’alors inconnue du grand public, Me Lu Chan Khuong est devenue – grâce aux médias qui veulent parler d’autre chose que de la Grèce – une personnalité très médiatisée qui joue le tout pour le tout. À suivre…

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