Vladimir Poutine fait-il des relations publiques ?

Source : tuxboard.com
Source : tuxboard.com

 

 

 

 

 

 

 

Les médias prennent un malin plaisir à propager comme un méchant virus, l’expression « opération de relations publiques ». Résultat : elle est devenue un ver d’oreille… et – malheureusement – une expression populaire.

 

Pourquoi je dis « malheureusement » ?

  • parce qu’elle ne véhicule pas ce qu’elle devrait dire
  • parce qu’elle n’est pas accolée aux bonnes personnes !

 

À l’approche des Jeux Olympiques de Sotchi, le président russe Vladimir Poutine a ouvert ses bras à l’immigrant Gérard Depardieu , il fait sortir de prison les Pussy Riot et il a assoupli les règles de manifestation en Russie. Sans compter qu’on l’a vu nourrir un veau au biberon, pêcher le torse nu, etc. À chaque occasion, les médias ont dit qu’il s’agissait d’« opérations de relations publiques ».

 

Lorsqu’à la Commission Charbonneau, l’homme d’affaires Lino Zambito  a avoué avoir fait livrer 40 roses et des billets pour un spectacle de Céline Dion à la Vice-première ministre Nathalie Normandeau, les médias ont dit la même chose.

 

Et parce qu’il n’aimait pas la tournure que semblait prendre le Sommet sur l’éducation supérieure de février 2013, Gabriel Nadeau-Dubois l’a qualifié de « simple opération de relations publiques »

 

« Opération de relations publiques » est l’une des expressions préférées de journalistes, animateurs et commentateurs qui savent très bien que, peu importe comment ils l’utiliseront, leur public se régalera…

 

Pourtant, il y a un dénominateur commun entre ces situations si différentes : ce ne sont pas des relations publiques !

 

Même s’il utilise très bien les médias à travers le monde,

Vladimir Poutine n’est pas un professionnel des

relations publiques. Il est un politicien.

 

Ah ! Cette fameuse expression « opération de relations publiques »

 

Dans la quatrième édition de son livre Les relations publiques dans une société en mouvance,  l’auteure Danielle Maisonneuve écrit ceci  :

« Ce n’est qu’une opération de relations publiques ! Cette formule lapidaire irrite à juste titre les professionnels des relations publiques. Et ce cliché est devenu d’autant plus inquiétant qu’il assimile la communication publique à un propos léger et racoleur, ou pis encore, à une rhétorique mensongère et outrageusement manipulatrice. (…)  La reconnaissance de la fonction de relationniste passe assurément par le rappel du lien qu’elle entretient désormais avec les grandes valeurs démocratiques : le respect de la dignité, les droits à l’égalité, à la sécurité de son être, à la libre expression et expression de soi. Là se trouve la base éthique des relations publiques. »

Plusieurs expressions sont également synonymes de ce que ne sont pas les relations publiques :

  • « Faiseurs d’image »
  • « Doreurs de pilule »
  • « Spin Doctors »
  • « Green Washing »
  • « Manipulateurs de l’opinion publique »
  • « tape-à-l’œil » 
  • Etc.

 


Les relations publiques, c’est…

 

Voici ce qui guide, au quotidien, plus de 150 000 professionnels des relations publiques partout à travers le monde.

 

Selon la Public Relations Society of America :

 

“Public relations is a strategic communication process

 that builds mutually beneficial relationships

between organizations and their publics.”

 

Il existe une multitude de définitions des relations publiques. Le regretté Luc Beauregard utilisait parfois celle-ci – que je privilégie lorsque je n’ai que quelques secondes pour dire ce que je fais dans la vie :

 

« La gestion des réputations ».

 

 

Qui pratiquent les relations publiques, pourquoi et comment ?

 

Dans la définition de la PRSA, le mot « process » donne le ton afin d’illustrer sur quelles bases solides les organisations évoluent au quotidien.

 

La notion de « mutually beneficial relationships » est toute aussi fondamentale : les relations publiques misent sur le respect de toutes les parties.

 

Partons de cette philosophie de gestion et voyons comment elle s’incarne en stratégies, objectifs et actions.

 

Les relations publiques, c’est un ensemble d’actions réfléchies,

en lien avec la vision, la mission et les valeurs de l’organisation,

qui visent, en toute transparence, à influencer des publics.

Rien d’autre.

 

Partout dans le monde, les organisations de toutes sortes et de toutes tailles – de même que des individus – peuvent être appuyés par de véritables professionnels en relations publiques.

 

Ce sont des gens de tous les âges, aux profils scolaires et aux personnalités variées, qui évoluent dans toutes sortes de domaines et de contextes socio-politiques. Pourtant, ils sont unis par des valeurs et des codes d’éthique – notamment au Québec et au Canada grâce à la Société canadienne des relations publiques et l’Alliance des cabinets de relations publiques du Québec.

 

Revenons à Vladimir Poutine et à tous les dirigeants qui font des coups d’éclats pour se faire remarquer : ils ne collaborent pas avec leurs publics, ne négocient pas de solutions et n’ont pas breveté la transparence…

 

Quand leur intérêt est le seul qui saute aux yeux, c’est facile de constater qu’il s’agit d’une « opération tape-à-l’œil superficielle ». Et non pas de relations publiques.

 

Qu’en pensez-vous ?

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4 commentaire(s)

  1. Guillaume Lachance 6 années auparavant

    Je pense que votre message fait du bien à lire, Pierre! Vladimir Poutine utilise peut-être certains procédés que l’on associe généralement aux relations publiques, malheureusement cela semble avoir l’effet pernicieux de « transférer » son travail superficiel à la réputation des relations publiques. En ce sens, j’ajouterais qu’il fait de très mauvaises relations publiques pour le domaine des relations publiques!

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  2. Marlène Casciaro, ARP 6 années auparavant

    Bonjour Pierre,
    Vous avez tout à fait raison. Je suis un peu comme vous, à chaque fois que j’entends « Opération de relations publiques », ça me donne presque des boutons ! Soyons réalistes et faisons un auto-examen. Nous sommes des cordonniers mal chaussés malgré tous les efforts déployés par nos associations. Notre profession n’est pas assez connue et lorsqu’elle l’est, la perception est erronée. Nous devons sans cesse éduquer. Votre dernier billet y contribue certes mais nous sommes entre « initiés ». Nous devons réagir publiquement et rapidement lorsque ce genre d’affirmation est lancé mais ça n’est pas suffisant. Il faudrait plus encore…

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  3. Danielle-Andrée Frank 6 années auparavant

    Bonjour Pierre,
    Ô combien avez-vous raison ! Le grand public et les médias ont une interprétation un peu étroite et archaïque des relations publiques, parfois aussi appelées Piar…

    Je joins le lien vers un article que j’ai écrit sur mon site et qui rejoint votre préoccupation : une meilleure compréhension de notre profession par le commun des mortels.

    http://www.frankommunications.com/relations-publiques-ou-relations-avec-les-publics-quen-pensez-vous/

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  4. Michel Pagé 6 années auparavant

    La situation qui prévaut de « Vladimir Poutine » en ce qui a trait à l’énoncé « Opération de relations publiques » est la même que celle des autres personnes « qui se sont fait connaître » par des informations « publiques » et qui se situaient, par leurs actions, exactement à l’opposé de ce qu’elles tentaient « gratuitement » de faire croire aux autres, par un cheminement « raccourcie » et « incohérent » pour une situation encourue…

    La réaction générale des gens qui commentent cet énoncé : « Opération de relations publiques » est une façon rapide, efficace et efficiente de commenter une action « à rejeter d’emblée » et le faire savoir à tous les autres, qu’ils n’ont pas été « dupés », par ce « stratagème »…

    En conclusion, dans toutes les autres situations (de celles de Poutine et des autres…) où l’énoncé : « Opération de relations publiques » est utilisée, il y a toujours des indices accompagnants, qui démontre la présence d’un certain « gros bon sens » d’un savoir vivre ou d’un savoir faire, … entraînant une définition plus respectueuse et admirable quant à l’exemple visée ou à décoder, de la situation encourue !

    Félicitations Pierre, merci.

    Michel

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