L’UPAC : grande gagnante

Robert Lafrenière

Au cours des dernières heures, un « derby de démolition de réputations » est survenu dans les médias traditionnels et sociaux du Québec.

Sortie de nulle part hier, jour du dépôt du Budget du gouvernement du Québec, l’Unité permanente anticorruption (UPAC) a procédé à l’arrestation de sept personnes en lien avec leur implication présumée dans des stratagèmes criminels.

La réputation des personnes arrêtées

Deux noms ressortent parmi les sept personnes arrêtées.

Hier, la Vice-Première ministre du Québec du gouvernement de Jean Charest, Nathalie Normandeau, s’est hissée – bien malgré elle – en tête des personnalités les plus médiatisées du jour. Ce n’est pas rien : les médias ont plus parlé d’elle que du ministre des Finances, Carlos Leitao – qui aurait pourtant dû rayonner seul, avec ses souliers fraîchement cirés, à l’occasion de son Budget annuel.

Il ne faut pas négliger l’importance de l’arrestation de l’ancien ministre Marc-Yvan Côté. Surnommé « Le Beu de Matane », M. Côté était un incontournable dans le cabinet de Robert Bourassa dans les années 80 et 90.

Nathalie Normandeau, Marc-Yvan Côté et cinq autres personnes ont été condamnées au tribunal de l’opinion publique. Sans appel. Les prochaines étapes se joueront devant les tribunaux judiciaires et, à nouveau, dans les médias traditionnels et sociaux.

Le Premier ministre Philippe Couillard a beau vouloir prendre ses distances avec le gouvernement Charest – il a d’ailleurs commenté les arrestations avant même que l’UPAC ne le fasse – un fait demeure : la « marque PLQ » a été fortement éclaboussée.

La réputation de l’UPAC

Alors que sept personnes ont subi un immense déficit de réputation à la vitesse de l’éclair, il en est tout autrement pour l’UPAC et son principal dirigeant, Robert Lafrenière.

Souvent critiquée parce que les témoignages spectaculaires de la Commission Charbonneau ne se traduisaient pas automatiquement en de multiples arrestations, l’UPAC se devait – si elle souhaitait se démarquer dans l’opinion publique – marquer un grand coup.

C’est maintenant chose faite. Mais bien sûr, une organisation telle l’UPAC se devait d’avoir des « dossiers béton » avant de s’avancer sur la place publique avec des accusations.

Certaines organisations ont probablement choisi la journée du Budget pour « liquider » des mauvaises nouvelles. L’UPAC a plutôt choisi de voler la vedette !

De telles arrestations le jour du Budget : un hasard ?

Non, il n’y a pas de hasard : si l’UPAC a choisi la journée du dépôt du Budget pour frapper son grand coup dans l’opinion publique, c’est qu’elle s’est dotée d’une stratégie de communication qui répondait à un objectif.

Quel était cet objectif ? J’émets une hypothèse : l’UPAC souhaitait que la nouvelle soit surtout traitée par les journalistes affectés aux nouvelles générales – et le moins possible par les journalistes et analystes affectés aux dossiers politiques.

Pourquoi ? Parce que ceux-ci connaissent beaucoup mieux le dossier.

Or, quel hasard : hier, tous les principaux journalistes et analystes politiques étaient enfermés au huis-clos du Budget jusqu’à 16 heures !

Il y a également un autre enjeu à considérer : M. Robert Lafrenière souhaite que son mandat soit renouvelé prochainement par le gouvernement du Québec. Sa sortie bien orchestrée – conférence de presse courte et classique, période de questions bien préparée et carnet d’entrevues bien choisies – a fait de lui « The talk of the Grande-Allée »… lors du cocktail du Budget !

Voici une preuve éloquente qu’au sein des organisations, les stratégies de gestion et de communication doivent être orchestrées.

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