Stéphane Dion, communicateur « 5C »

Stéphane Dion. Sources : Serge Chapleau, Le Devoir

C’est Serge Chapleau qui sera déçu !

Malheureusement pour l’excellent caricaturiste de La Presse et créateur d’Ici Laflaque, le nouveau ministre des Affaires étrangères du gouvernement du Canada ne prête plus flanc à la moquerie…

Rappel des faits.

Élu député de Saint-Laurent à la Chambre des communes en 1996, et aussitôt nommé ministre des Affaires intergouvernementales, l’ancien professeur en sciences politiques a rapidement cristallisé les Québécois :

  • d’une part, il y avait les fédéralistes trop heureux de pouvoir s’appuyer sur un porte-étendard de qualité, qui ont applaudi sa Loi sur la clarté référendaire ;
  • d’autre part, il y avait les souverainistes qui adoraient Chapleau lorsque celui-ci personnifiait Stéphane Dion en rat…

Et que dire des échanges épistolaires entre ce fédéraliste « pur et dur » et le tout aussi « pur et dur » souverainiste Bernard Landry, dans les pages des quotidiens !

Source : hockeygods.com
Stéphane Dion jouant au «hockey bottine» avec Infoman. Source : hockeygods.com

Puis, Stéphane Dion est devenu – à la surprise générale – le chef du Parti libéral du Canada, de 2006 à 2008. Dégommé, il a patiemment poursuivi sa carrière en politique fédérale,  sur les banquettes de l’opposition.

Mal-aimé des médias québécois, Stéphane Dion s’est tout de même fait connaître et respecter comme un interlocuteur disponible, faisant même preuve d’un humour pince-sans-rire que plusieurs ignoraient.

Dans l’ombre, une transformation s’est opérée…

Sans aucun doute, Stéphane Dion est l’un des ministres cumulant le plus d’expérience dans le nouveau cabinet de Justin Trudeau. Mais ne vous attendez pas à voir le même Stéphane Dion qu’à l’époque des crises constitutionnelles ou des coalitions… car nous avons affaire à un « Stéphane Dion nouveau » !

Stéphane Dion sort maintenant de la mêlée

en maîtrisant les cinq « C » de la communication.

C’est qu’il maîtrise désormais les cinq « C » de la communication, soit : la connaissance, la clarté, la conviction, le calme et… les capsules.

  • Connaissance :

Stéphane Dion a toujours maîtrisé ses dossiers – et ce, bien plus que la moyenne de ses collègues parlementaires.

  • Clarté :

« Père » de la Loi sur la clarté référendaire, M. Dion avait déjà le souci de faire valoir ses points de vue avec précision, mais, en leur ajoutant moult détails – parfois trop. Il faut être capable d’aller à l’essentiel.

  • Conviction :

S’il y a une valeur que Stéphane Dion a toujours mis de l’avant, c’est bien la conviction ! Rien n’a changé ici.

  • Calme :

Ce qui frappe, c’est que ce parlementaire aussi passionné qu’à ses débuts est devenu… un sage de notre société. C’est d’ailleurs ce calme qu’il devra démontrer quotidiennement, lui qui est maintenant appelé à diriger un ministère complexe, celui des Affaires étrangères du Canada.

  • Capsules :

C’est ici que la transformation est la plus remarquable !

Tant à la radio qu’à la télévision et dans les quotidiens – il est peu présent dans les médias sociaux – M. Dion s’impose en répétant des messages-clés faciles à comprendre. Deux exemples marquants :

    • « Le Canada est de retour dans le monde »
    •  « C‘est sûr qu’on n’ira pas dans un fast-food le jour d’une réunion importante à l’ONU !»

On ne connaissait pas Stéphane Dion

comme un frappeur de lignes virulentes !

Stéphane Dion faisait ici référence à l’ancien Premier ministre Stephen Harper, qui avait choisi d’assister à l’inauguration d’un restaurant Tim Hortons, en Ontario, plutôt que de participer à une assemblée générale de l’ONU – une décision qui lui avait attiré beaucoup de critiques.

De tels messages capsulés sont très recherchés par les médias – qui se tournent spontanément vers des gens capables de leur en fournir.

Après la Deuxième guerre mondiale,

les citations des personnes interviewées

duraient en moyenne 52 secondes.

Elles ont aujourd’hui… 7 secondes !

De toute évidence, Stéphane Dion est devenu un ministre et communicateur « poids lourd », sur qui le Premier ministre Justin Trudeau peut déjà s’appuyer.

Espérons toutefois que M. Dion ne perdra pas son sens de l’humour… puisqu’il y a fort à parier que Serge Chapleau et Jean-René Dufort continueront de le surveiller !

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