Robert Bourassa et l’expression «Mettez votre cassette de côté»

Robert Bourassa

À toutes les ères politiques – notamment celles de Pierre-Eliott Trudeau, René Lévesque, Stephen Harper et Pauline Marois – les journalistes ont cassé du sucre sur le dos des responsables des communications.

Ils adorent se plaindre de la préparation que nous apportons aux personnes à interviewer… et ils sont déçus lorsque, dans le cas contraire, les propos des porte-parole sont décousus !

Au fil du temps, une expression est devenue synonyme des messages préparés : « la cassette ».

Régulièrement, des journalistes disent aux personnes bien préparées pour les entrevues : « Mettez votre cassette de côté ».

Or, bien se préparer pour une entrevue n’a rien à voir avec les cassettes ! C’est un droit, et surtout une démarche de rigueur qui sert tout autant la personne interviewée que les médias.

D’où vient l’expression « utiliser une cassette » ?

L’image de l’ancien Premier ministre du Québec, Robert Bourassa, a été accolée à l’expression « cassette ».

Voici ce que m’a raconté M. Ronald Poupart,  qui a été un fidèle « bras droit » de monsieur Bourassa :

Ronald Poupart
TVANouvelles.ca

« À partir des élections de 1970, l’attaché de presse de monsieur Bourassa, Charles Denis – qui prépare actuellement un troisième bouquin sur son ancien patron – et son collègue Guy Morin ont commencé à diffuser, à l’occasion, des extraits sonores aux médias électroniques du Québec. C’est la firme Telbec, maintenant intégrée à CNW, qui alimentait les salles de nouvelles de partout au Québec. Bien sûr, les journalistes étaient contrariés de voir arriver des cassettes avec les messages clés du Premier ministre… mais leurs patrons étaient particulièrement heureux parce qu’ils avaient du contenu très actuel… sans frais !

Lors du déclenchement des élections de 1973, j’étais le directeur général du Parti Libéral du Québec. Monsieur Bourassa avait décidé de déclencher les élections non pas par le biais d’une conférence de presse, mais grâce à une action inusitée : la livraison de cassettes vidéo à toutes les stations de télévision du Québec. J’ai alors coordonné la livraison d’au moins une vingtaine de cassettes vidéo qui ont toutes été distribuées aux quatre coins du Québec au même moment : à 17 h 55, soit à cinq minutes du début des bulletins de nouvelles de l’heure du souper. Les journalistes et leurs patrons étaient furieux de diffuser exactement la même chose… mais notre couverture a été spectaculaire !

En vue des élections du 15 novembre 1976, monsieur Bourassa a décidé d’utiliser la même formule. Mais, cette fois-là, plusieurs journalistes et patrons des salles des nouvelles se sont objectés. Je me souviens de l’ancien journaliste Michel Héroux, de la télévision de Radio-Canada, qui a dit en ondes : « la cassette à Bourassa ».

Cette formule de messages préenregistrés n’a pas fait long feu, pas plus que les « video news release » qui ont vu le jour dans les années 90.

 

Un peu d’histoire : qu’est-ce qu’une cassette ?

wiki.ubc.ca/
wiki.ubc.ca/

La cassette audio  est un médium commercialisé en 1963 par Philips après beaucoup d’années en recherche et développement. Contenant deux bobines et une bande magnétique, elle permettait d’enregistrer et d’écouter de la musique ou tout autre type de son…. à une autre époque !

upload.wikimedia.org
upload.wikimedia.org

Pour les images, il y avait la cassette vidéo, aussi appelée vidéocassette. De format VHS, Beta ou professionnel pour les studios de télévision, ce document magnétique pouvait être visionné à l’aide d’un magnétoscope.

Rappelons-nous : rien ne vaut un accès direct aux personnes publiques, mais il faut leur reconnaître le droit de se préparer afin de livrer leurs messages de façon claire et cohérente.

Qu’en pensez-vous ?

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5 commentaire(s)

  1. Michel Pagé 6 années auparavant

    Salut Pierre,
    Pour moi, à cette époque, je me souviens que le fait d’avoir utilisé plusieurs cassettes afin d’être diffusé au même instant, à la même heure et ce, à différents endroits… Je me souviens que la discussion avec les gens de mon époque, portait sur le fait que monsieur Bourassa « communiquait » un message sans faire « face » à l’intervieweur ou aux gens qui se trouvent sur place… C’était interprété comme un manque de respect…, mais surtout pas comme quelqu’un qui se serait mal préparé..!

    Plus tard, l’interprétation à changée, elle est devenue plustôt comme si quelqu’un « parlerait sans nécessairement comprendre ce qu’il disait »… Ce n’était pas non plus à cause qu’il n’était pas bien préparé…, mais plustôt quelqu’un d’autre voulait passer un message !

    Je ne sais pas si tu as déjà entendu cette perception ???

    Bonne fin de journée,

    Michel

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    1. Pierre Gince, ARP
      Pierre Gince, ARP 6 années auparavant

      Salut Michel,
      Merci d’avoir pris la peine de commenter, une fois de plus. Nous aurons sans doute l’occasion de discuter de tout cela.
      A+

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  2. Olivier Morin-Gilbert 6 années auparavant

    Salut Pierre,

    La cassette, c’est quelque chose qu’on peut revoir indéfiniment. Ce que je comprends des journalistes, c’est qu’ils veulent entendre des choses qui n’ont jamais été mentionnées ailleurs. Souvent, les politiciens répètent le message et la manière d’exprimer le message ainsi que les mêmes faits qui les supportent.

    Je pense qu’il est bien que les politiciens varient les faits (exemples, histoires, statistiques, etc.) pour pas que les auditeurs s’endorment à force de toujours voir la même chose.

    Pour y arriver, comme tu le dis Pierre, cela demande beaucoup de la préparation.

    Au plaisir de discuter de cela avoir toi un moment donné.

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  3. Nathalie Forgue 4 années auparavant

    Commentaire intéressant, bien d’accord avec vous! Il est préférable de se faire reprocher qu’on a utilisé la ‘cassette » que de voir ‘notre’ porte-parole gaffer, ou se contredire publiquement ou dans les cas où il y en a deux, se contredisent publiquement… et gaffent tout autant! Et si nous ne l’utilisons pas, la fameuse ‘cassette’, et que cela se produit, gare aux conséquences! :-)

    Aussi, il est amusant de lire à la fin de votre commentaire ces précisions que vous apportez sur ce que sont une cassette et le format bétacam :-) Nous, les ‘vieux’, :-) le savons, mais en effet, les ‘jeunes’ pourraient bien ne pas le savoir, vous faites bien!

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  4. Nathalie Forgue 4 années auparavant

    J’ajoute que oui, les lignes de presse peuvent être souvent qualifiées d’endormantes, de propagande, ou de matière-discours qui prend les gens pour des idiots. Il s’agit de convaincre le client que de respecter l’intelligence des gens est clef à la réussite de l’acceptation de ses déclarations.

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