Relations publiques et limites de la transparence

Mercredi dernier, la Société québécoise des professionnels en relations publiques (SQPRP) et INFOPRESSE ont organisé une demi-journée de formation intitulée « Relations publiques : tirer profit de la transparence ».

La bonne nouvelle ? Nous avons eu droit à quatre excellentes présentations. La mauvaise ? Probablement à cause du mauvais temps, nous n’étions qu’une cinquantaine de professionnels des relations publiques… Et, surtout, ceux et celles avec qui il aurait été intéressant de débattre – les opposés à tout et à rien – n’y étaient pas.

 

Les deux côtés de la médaille

Même si certaines crises sont imprévisibles, il est possible d’en voir venir quelques-unes. Par exemple, la sortie du film Trou Story , du chanteur militant Richard Desjardins et de Robert Monderie, en 2011, a été annoncée relativement à l’avance – ce qui a permis à l’industrie minière de se préparer adéquatement afin de présenter son propre côté de la médaille.

Voici la bande-annonce du film :

[youtube]http://www.youtube.com/watch?v=d2oNv5HtkFE[/youtube]

Et voici l’un des messages publicitaires diffusés à la télévision par l’industrie minière :

[youtube]http://www.youtube.com/watch?v=MWU9g_WyZtA[/youtube]

 

Il y a un principe incontournable en communication :

 

Si l’on ne se définit pas soi-même, ce sont les autres qui prendront un malin plaisir à le faire !

Lors de sa présentation, Mathieu St-Amant sur Twitter , de l’Association minière du Québec , a insisté sur l’importance d’être présent et de faire preuve de transparence :

« Peut-on perdre à ne pas être transparent ? C’est évident. Selon moi, toute organisation gagne à jouer la carte de la transparence. Que serait-il arrivé si l’industrie minière s’était cachée ? Toute la place aurait été laissée aux détracteurs et les médias auraient fait grand état de notre refus de répondre à leurs questions ».

Je suis convaincu que l’industrie minière se devait d’occuper une place importante dans le débat qui a été lancé à l’occasion de la sortie de ce film. Sa stratégie visant à mieux faire connaître, comprendre et apprécier son importante contribution à la société québécoise lui a permis de se définir… elle-même !

 

Le danger de sous-estimer…

Pour leur part, Jonathan Gendron et Mathieu Lavallée, de TACT Intelligence-conseil , ont brossé un tableau des différentes parties prenantes dans les débats de société, en insistant sur l’essor incontournable des médias sociaux.

« Il ne faut jamais sous-estimer la force et l’intelligence de la population, ni la perspicacité et l’insistance des médias », a souligné Jonathan.

Et Mathieu a renchéri :

« Même si les dirigeants des organisations visées par les pressions citoyennes ne sont pas d’accord, un fait demeure : les revendications de la population et des médias sont toujours légitimes. Le travail des stratèges en relations publiques consiste à les convaincre de ce fait et à les appuyer adéquatement afin de faire valoir leurs points de vue ».

J’ai envie d’ajouter ceci : encore trop de clients gèrent en tenant uniquement compte de l’importance des profits, faisant fi de toute approche « humaine » et ce qui s’approche d’une présence significative dans la communauté…

 

Quand les micros volent dans les airs…

Pour sa part, Marie-Claude Lavigne, de Cohn & Wolfe Montréal , a fait sursauter ses collègues en racontant qu’à l’occasion d’une rencontre d’information avec des citoyens à propos d’un projet minier, un opposant lui a lancé… un micro !

« C’est un exemple parmi d’autres pour souligner que la transparence à outrance a atteint, selon moi, ses limites.

Depuis quelque temps, j’observe que, peu importe le projet qui est annoncé dans une communauté, le « lobby des contre » passe très rapidement à l’offensive : les investissements annoncés sont mis en doute, les groupes veulent se faire donner des millions de dollars au nom de « l’acceptabilité sociale », les entreprises qui sont en mesure de répondre à 1001 questions se font reprocher de ne pas avoir de réponse à une en particulier, etc. La barre de la transparence est maintenant tellement haute qu’il est devenu à peu près impossible de satisfaire les attentes… ».

Je suis d’accord avec Marie-Claude : dans l’avenir, de plus en plus de dirigeants d’entreprises pourraient ne plus vouloir réaliser des projets de grande importance pour l’économie plutôt que d’avoir à se lancer dans des démarches dont la « plus que parfaite transparence » deviendra impossible à atteindre…

 

Les valeurs de l’activiste et du stratège

Pour terminer la journée, le stratège en médias sociaux, Tom Liacas, stratège en e-Reputation,  a affirmé ceci :

« Lorsque j’étais un activiste, je défendais mes valeurs avec ardeur ! Et je dormais bien. Aujourd’hui, à titre de stratège auprès des leaders de l’industrie, je mise sur les mêmes valeurs : l’ouverture, la transparence et le respect. Et évidemment, je dors tout aussi bien ! »

Dans son manifeste intitulé e-reputation : manifeste d’un ancien activiste téléchargeable gratuitement en cliquant ici – Tom présente cinq principes de survie et cinq principes de succès.

Dans la présentation de Tom, voici deux de ces principes ont particulièrement retenu mon attention :

  • Essayez d’agir comme… un être humain
  • Donnez au suivant, maintenant.

Tom a notamment insisté sur le fait que les organisations et les agences de relations publiques ne peuvent pas se permettre d’improviser des stratégies numériques, et sur l’importance absolue à accorder au dialogue (plutôt qu’à l’info guerre).

 

Qu’en pensez-vous ?

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1 commentaire(s)

  1. Judith 6 années auparavant

    Merci Pierre pour cet excellent résumé. Je voulais bien y participer, mais un conflit d’horaire s’est manifesté à la dernière minute !
    Merci encore.
    Judith

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