À quoi servent les campagnes d’opinion publique?

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Question : Quel est le dénominateur commun entre des producteurs laitiers, des personnes âgées et des médecins?
Réponse : Certaines intentions d’un gouvernement – par exemple, la publication d’un projet de Loi – ont amené différents groupes, dont les membres ont des intérêts communs, à se mobiliser afin d’attirer l’attention dans les médias traditionnels et sociaux.

L’attention de qui ? Du grand public mais, d’abord et avant tout, celle d’un ministre, de ses collègues députés et ministres et, ultimement, du Premier ministre.

Rencontres avec le ministre et des députés d’allégeances différentes, questions « plantées » à l’Assemblée nationale (Québec) ou à la Chambre des communes (Ottawa), conférences de presse spectaculaires, tables éditoriales avec les quotidiens, appuis de tierces parties, lettres d’opinion, campagnes publicitaires dramatiques, etc. : tous les moyens sont bons afin de faire pression !

Seuls les moyens budgétaires et le temps peuvent limiter les stratèges dans leurs démarches visant à faire reculer un ministre et son gouvernement…

Trois principales raisons incitent des organisations à interpeller un ministre et son gouvernement :

  • se positionner dans le but de se bâtir un capital de sympathie
  • faire reculer un ministre qui souhaite faire adopter un projet de Loi
  • appuyer un ministre qui souhaite faire adopter un projet de Loi

Jetons un œil sur l’actualité et, aussi, sur quelques campagnes marquantes…

Le Dr Barrette : cible de choix !

Source : Fédération des médecins spécialistes du Québec
Source : Fédération des médecins spécialistes du Québec

Reconnu pour être un « workaholic », le ministre de la Santé, Dr Gaétan Barrette, n’écoute certainement pas les téléromans ! À peine doit-il écouter Tout le monde en parle… et sa revue de presse quotidienne lui est livrée sans les annonces publicitaires qui jouxtent les textes qui l’intéresse.

Qu’à cela ne tienne : syndicats et regroupements professionnels sont très présents dans les médias traditionnels et sociaux afin d’interpeller le plus médiatisé des ministres du gouvernement Couillard !

En effet : ces temps-ci, il ne se passe pas une journée sans que la FIQ (Fédération interprofessionnelle de la santé du Québec), la FMSQ (Fédération des médecins spécialistes du Québec), la FMOQ (Fédération des médecins omnipraticiens du Québec), l’AQPP (Association québécoise des pharmaciens propriétaires) et les chaînes et bannières en pharmacie de détail martèlent des messages à l’intention du ministre.

Que veulent-ils donc ? Faire valoir au grand public que les décisions soi-disant « administratives » du ministre Barrette – au nom de l’austérité – auront des impacts directs et indirects sur la qualité et l’accessibilité des soins aux Québécois.

Autrement dit : en misant sur leur nombre important et le capital de sympathie qu’ils ont bâti avec leurs patients, les professionnels de la santé veulent créer un rapport de force qui leur permettrait de faire reculer le ministre.

Rares sont les appuis autour du ministre… Mais ce ne sera pas la première fois que celui-ci fonce seul, droit devant !

« Goodbye, Charlie Brown ! »

Source : http://1.bp.blogspot.com/

L’une des campagnes de pression les plus marquantes des dernières décennies fut sans contredit celle qui a opposé le Premier ministre canadien Brian Mulroney à… une dame âgée !

En 1986, voulant modifier le régime des pensions des aînés, M. Mulroney s’était retrouvé dans un bain de foule, où il fut interpellé par Mme Solange Denis – une charmante dame âgée totalement inconnue qui n’avait pas la langue dans sa poche…

Devant des journalistes surpris et amusés, elle lui a lancé un tonitruant « Goodbye, Charlie Brown ! » avant de tourner les talons. Avant l’existence des médias sociaux, ce « clip » a rapidement été repris à la télévision, donnant l’impression que M. Mulroney et son gouvernement étaient des sans-cœur… Gain de cause pour les personnes âgées !

La FIQ en mode positionnement

Source : Fédération interprofessionnelle de la santé du Québec

Diffusée à la télévision depuis plusieurs semaines, la campagne publicitaire de la FIQ est… floue.

Misant sur la popularité du chanteur Vincent Vallières et sur le capital de sympathie dont bénéficient depuis toujours les infirmières, les messages diffusés à la radio et la télévision nous disent essentiellement : appuyez-nous. Mais sans aucun moyen d’action…

Je parierais que cette campagne vise un objectif précis : démontrer à l’ensemble des infirmières que la FIQ est l’intervenant le plus puissant pour les représenter !

Montrer à un ministre à… faire du beurre !

Source : http://www.cuisine-campagne.com/

En terminant, je vais vous parler d’une gigantesque campagne d’opinion publique à laquelle j’ai été associé avec beaucoup de plaisir.

Il était une fois la coloration du beurre et de la margarine…

Nous sommes à la fin des années 80 et je suis une verte recrue chez Optimum. On m’avait recruté pour une pige de trois semaines mais, dès le premier jour – puisque j’avais une expérience dans un cabinet politique – on m’a affecté à une importante campagne d’opinion publique qui débutait.

Voulant se rendre sympathique auprès de l’important lobby des agriculteurs, le ministre libéral de l’Agriculture, des Pêcheries et de l’Alimentation, Michel Pagé, avait déposé un projet de Loi visant à circonscrire la couleur de la margarine – dans le but de l’éloigner du « jaune beurre ».

Dans ce cas-ci, il y avait deux camps aux positions très tranchées. Et aux budgets inimaginables :

  • d’une part, les producteurs laitiers qui, invoquant les risques de confusion « créés » par la couleur permise pour la margarine, souhaitaient que la couleur de la margarine devienne très pâle et/ou très foncée ;
  • d’autre part, les producteurs de margarine qui affirmaient que les Québécois étaient « assez intelligents » pour distinguer les deux produits, pourtant dans une même palette de teintes…

Évidemment, la méga campagne des producteurs laitiers faisait l’affaire du gouvernement du Québec puisqu’elle venait compléter – avec des moyens très appréciables – les actions plus réservées de l’État.

Il me serait impossible de raconter ici, toutes les péripéties de cette campagne qui m’aura finalement occupé à temps plein durant… plus d’un an !

Selon notre stratégie, il était très important que le ministre Pagé puisse démontrer que ce n’était pas uniquement « le lobby de la terre » qui tentait de l’influencer… mais que sa décision avait l’assentiment de toutes sortes de groupes dans notre société : les Cercles des fermières – les jeunes, cherchez de quoi il s’agit ! – les chambres de commerce et autres groupes influents dans toutes les régions, etc.

C’est dans ce contexte que le ministre Pagé avait sollicité – et obtenu – l’appui de l’aile jeunesse du Parti libéral du Québec. Il était entré à l’événement estival des jeunes du PLQ, entouré de nombreux jeunes portant des t-shirts fabriqués pour l’occasion. Et il avait profité d’une conférence de presse pour marteler l’importance du bon beurre frais sur les tables des Québécois.

Et puisqu’une image vaut mille mots, le ministre avait – sous le regard médusé des journalistes – fabriqué du beurre en brassant fermement de la crème très froide dans un pot Mason…

C’est une image que je n’oublierai jamais puisque c’est moi qui lui avais enseigné cette recette et l’avait fait pratiquer, à son cabinet !

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