Les Jeunes Loups et Mirador : qui dit vrai ?

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Sources : www.cliqueduplateau.com et www.lapresse.ca

 Cet hiver, Les Jeunes Loups, série se déroulant dans une salle de nouvelles 2.0 (« Pense internet, Paula ! »), a réuni un vaste public à TVA. Quelques années plus tôt et dans un tout autre registre, Radio-Canada proposait Mirador, une série basée sur le quotidien d’un cabinet de relations publiques spécialisé en gestion de crise.

Deux séries, donc, qui traitent d’une part des journalistes et d’autre part, des stratèges en relations publiques.

Marc Labrèche était suave avec ses imitations des personnages de Mirador ! Et les satires des Jeunes Loups n’ont pas tardé non plus…

La question qui tue : quelle série dépeint le mieux la réalité de ces deux  professions ? Sans prétention, Pierre Gince et Caroline Roy, qui ont tous les deux touché au journalisme et aux relations publiques, tentent de répondre à cette question… 

 

Mirador

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Source : lapresse.ca

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

– Les invraisemblances entre Mirador et le quotidien des professionnels des relations publiques ?

  

Caroline : La série laisse entendre que les relationnistes sont toujours sur le point de sombrer dans l’immoralité, voire même l’illégalité. Le seul qui semble avoir à cœur l’honnêteté de la pratique est le personnage de Philippe Racine, incarné par Patrick Labbé. Les autres dirigeants du cabinet ont tous l’air tordus, même corrompus. 

 

Pierre : Cette télésérie se veut un plaidoyer contre « les faiseurs d’image », c’est-à-dire les trop nombreuses personnes sans scrupules qui prétendent être des professionnels des relations publiques mais qui, foncièrement, n’en sont pas. 

Mirador aurait pu être tournée en noir et blanc parce, d’un épisode à l’autre, il n’y avait que deux couleurs : le blanc de la pureté et tout le reste qui oscillait entre les teintes de gris foncé et de noir…

Tant pis si bien des gens ont pris la chose au premier degré. Moi, je sais que nos clients ont ri à gorge déployée à plusieurs occasions devant les exagérations et les invraisemblances !

 

– Les vraisemblances de Mirador ?

 

Pierre : Les tâches du personnel du cabinet sont assez bien définies : les associés, le directeur des relations avec les médias (tâche qui a été confiée à un ex-journaliste…), la chargée de projets (une hystérique qui serait renvoyée sur le champ dans la vraie vie !), une coordonnatrice junior qui court partout et un jeune geek qui fait de la surveillance des médias. 

 

Caroline  Certaines des crises et des clients exposées sont crédibles : un rasoir jetable dans un berlingot de lait, une manifestation contre une pétrolière, un jeune chanteur populaire dans l’embarras pour une question de mœurs, etc.

Bien entendu, la télé étant ce qu’elle est, les scénarios sont exagérés. Parce que si on dépeignait le véritable quotidien d’un cabinet de relations publiques, ça serait assez ennuyant pour les téléspectateurs !

 

Les Jeunes Loups

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Source : buzzquebec.com

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

– Les invraisemblances entre Les Jeunes Loups et le quotidien des journalistes ?

 

Pierre : Tout comme le hockey était prétexte à toutes sortes d’histoires spectaculaires à connotation charnelle dans Lance et compte, autant la télésérie Les Jeunes Loups transforme les téléspectateurs en curieux dans une salle de rédaction et en voyeurs dans quelques chambres à coucher !

 

Caroline : Bien que le journalisme d’enquête au Québec ait certainement contribué à créer la Commission Charbonneau et l’escouade de l’UPAC, les journalistes ne sont pas des policiers. Le scénario des Jeunes Loups laisse souvent croire que ces deux métiers se confondent.

Les journalistes – même ceux qui couvrent les faits divers – n’ont pas autant les policiers sur les talons. Sans compter qu’ils ne leur vendent pas aussi facilement de la cocaïne !

 

– Les vraisemblances des Jeunes Loups ?

                       

CarolineDifficile de cerner les vraisemblances entre les journalistes et ceux des Jeunes Loups, tellement nous les voyons peu travailler dans la série !

En fait, la série s’attarde beaucoup aux amourettes des journalistes… et aux protagonistes de leurs articles. Les journalistes de cette série sont un prétexte à la mise en scène de situations rocambolesques : un premier ministre et un patron de banque mêlés à un donateur mafieux, des gangs de rue, un père pédophile et meurtrier, etc. Le cliché n’est jamais loin…

S’il faut trouver une ressemblance, disons que l’acharnement des Jeunes Loups à protéger l’identité de leurs sources est une caractéristique bien réelle du profil des journalistes.

 

Pierre Nous sommes loin de la télésérie Scoop, des auteurs Réjean Tremblay et Fabienne Larouche, diffusée entre 1992 et 1995 – aussi bien dire au Moyen Âge puisque les médias sociaux n’existaient pas encore…

Dans Les Jeunes Loups, l’omniprésence de la plateforme web du quotidien déstabilise les journalistes qui ont plus de 50 ans !

 

– Pour conclure : le verdict ?

 

Pierre : Au-delà de la fiction, il y a une réalité : alors que les deux saisons de Mirador étaient diffusées, la plupart des cabinets de relations publiques du Québec connaissaient une progression de leurs activités auprès de clients de tous les secteurs de la vie socio-économique. Ceci démontre que les décideurs sont capables de distinguer la valeur ajoutée des stratèges en relations publiques et le divertissement !

Les personnages et les histoires des Jeunes Loups sont souvent peu crédibles : la vulnérable Béatrice Picard qui se fait harceler par un journaliste… ce dernier et une photographe qui creusent dans un cimetière… et que dire de Jacynthe René en nunuche !

Ma déception me rappelle avec d’autant plus de nostalgie, les riches personnages de Scoop confiés à Rémi « Cercueil » Girard, Francine Ruel, Germain Houde, Claude Léveillé, Roy Dupuis, Macha Grenon, etc.

 

Caroline : Mirador pose davantage un regard critique sur le travail des professionnels des relations publiques que Les Jeunes Loups sur le journalisme.

La série, écrite par Daniel Thibault et Isabelle Pelletier, questionne ouvertement l’éthique de la profession. C’est un point de vue qui ajoute de la substance à la série. Mais on laisse trop entendre que les stratèges en relations publiques servent surtout à protéger le pouvoir, les puissants.

Le but premier des Jeunes Loups est de divertir à heure de grande écoute. Mission accomplie, comme en témoignent les cotes d’écoute. Si nous enlevions bien des couches de glamour et d’action, nous nous approcherions un peu du quotidien réel des journalistes… 

En somme, les intrigues de Mirador et des Jeunes Loups sont presque  interchangeables. Et ce n’est pas demain la veille que des auteurs de télésérie cesseront d’écrire sur le monde des communications et du journalisme à la fois secret et obscur, glamour et adulé, tourmenté et humain…

 

Et vous, qu’en pensez-vous ? 

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