I have a dream : un message clair

I have a dream

Le 50e anniversaire du décès du pasteur Martin Luther King ramène dans l’actualité ce qui fut assurément l’un des meilleurs discours prononcés au cours du XXe siècle.

 

En effet : le 28 août 1963, devant plus de 200 000 personnes réunies au Lincoln Memorial à Washington à l’occasion de la March on Washington for Jobs and Freedom, le porte-étendard du African-American Civil Rights Movement a livré une performance qui a marqué autant les Blancs que les Noirs des États-Unis, en plus de faire écho à travers le monde – et ce, dans une société qui ne comptait alors que des médias traditionnels.

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Quelle est la recette d’un bon discours ?

 

Depuis que j’écris des textes qui seront présentés en public, on me demande souvent d’utiliser la « recette à succès », ce qui fera que les gens seront assurément impressionnés.

 

Je réponds toujours qu’une recette infaillible n’existe pas – parce que si elle existait et qu’elle était facile à appliquer, tous les rédacteurs l’adopteraient et toutes les allocutions prononcées en public seraient de grande qualité !

 

Mais, à défaut de pouvoir miser sur une recette infaillible, je connais au moins cinq ingrédients qui contribuent à constituer une allocution réussie :

 

  • un contenu de qualité (des faits connus et nouveaux, des affirmations qui valent la peine d’être apportées)
  • un point de vue original qui intéressera précisément l’auditoire et, idéalement, le surprendra !
  • un porte-parole à l’aise qui, sans être exceptionnel, a les qualités nécessaires pour s’adresser à un groupe
  • une structure réfléchie (une introduction accrocheuse, une démonstration facile à suivre, une conclusion inspirante)
  • et, surtout, un objectif clair (informer, motiver, faire changer les mentalités, etc.).

 

Aussi, mes nouveaux clients sont surpris que mes allocutions ne soient pas parsemées de blagues. Je leurs dis toujours ceci :

 

L’humour appartient aux humoristes, et

les allocutions inspirantes aux décideurs.

 

Le succès de Luther King : un message clair et… une image forte !

 

De toute évidence, Martin Luther King livrait des allocutions de qualité aux Américains parce qu’il réunissait, instinctivement, ces cinq ingrédients.

 

Ses propos – jugés parfois trop radicaux par certains Blancs ou trop conciliants selon des groupes de Noirs – suscitaient l’intérêt des médias et des foules de plus en plus nombreuses. Il savait présenter habilement des faits et faire des liens entre eux.

 

Bien sûr, sa personnalité calme et rationnelle – ce qui n’est pas étranger au fait qu’il était médecin – et le fait qu’il était passionné ont contribué à le rendre attachant et inspirant.

 

Mais, d’abord et avant tout, il avait un message clair à livrer : Noirs et Blancs doivent bâtir ensemble les États-Unis de demain. C’était clair, net et précis ! Il restait plus qu’à trouver une image forte…

 

Ce message, King l’a incarné dans un souhait tout simple :

I have a dream.

 

Et qui dit « Image forte » ne dit pas nécessairement « imposante équipe de communicateurs »…

 

Dans une récente entrevue accordée au quotidien Le Devoir, Clarence Jones – le rédacteur de ce qui fut appelé le « discours I have a dream » – raconte les dessous de la préparation de ce texte historique… qui ne contenait pourtant pas la fameuse affirmation !

 

En voici quelques extraits :

 

Clarence Jones se souvient comme si c’était hier de ce jour historique.

 

L’homme, qui sera aux côtés de Barack Obama lors de la commémoration prévue mercredi, a été l’avocat, le conseiller, mais surtout un grand ami du révérend King. Et c’est l’un des rares de son cercle rapproché qui est toujours vivant, à 82 ans.

 

La veille du grand jour, il était d’ailleurs avec lui à l’hôtel Willard, à Washington, devenu le quartier général des organisateurs de la grande marche. « En soirée, Dr King nous a rassemblés dans un coin pour revoir les principaux points de son discours et m’a demandé de prendre des notes parce que tout le monde y allait de ses propositions. Il m’a par la suite suggéré de monter dans ma chambre pour essayer de résumer le tout, et surtout, d’essayer de le faire sans boire trop de martinis ! », se souvient-il avec grand plaisir.

 

« J’avais entendu tellement de choses à propos de la justice, de la religion et des droits des Noirs, à tel point que j’avais peine à mettre de l’ordre dans mes idées », confie-t-il. En repensant finalement à ses nombreuses discussions avec son ami Luther King, puis en ressortant un ancien texte qu’il avait rédigé un mois auparavant avec un de leurs amis, M. Jones est parvenu à coucher quelques lignes sur du papier. « Quand je suis redescendu, Dr King m’a remercié en prenant ma feuille, puis il nous a dit qu’il retournait maintenant à sa chambre pour consulter son Dieu, révèle-t-il. J’ai enfin pu boire un martini ! »

 

Le lendemain, c’était le jour J. À 13 h, la grande marche pour revendiquer l’égalité civique et la fin de la ségrégation raciale était entamée. (…)

 

« Quand Dr King est monté sur scène, c’était euphorique. Dès qu’il a commencé, j’ai eu un choc lorsque j’ai réalisé qu’il avait gardé une grande partie de ce que j’avais écrit la veille. Je n’en revenais pas, il disait mot à mot ce que j’avais écrit, notamment que l’Amérique avait donné aux Noirs un chèque sans provision, un chèque qui nous est revenu marqué “fonds insuffisants” », mentionne Clarence Jones avec fierté. Et puis, il y a eu un moment unique, quelque chose d’inattendu, la chanteuse de gospel Mahalia Jackson, qui était presque la muse de Luther King, lui lance : « Parle-leur, Martin, du rêve, parle-leur du rêve ! »

 

« Je vous jure que la veille, il n’avait jamais été question que Dr King parle du rêve dans son discours. Il en avait déjà été question dans d’autres discours, mais ce n’était pas prévu. Le reste du discours a été de l’improvisation. J’étais hypnotisé chaque fois qu’il prononçait “I Have a Dream”. C’était transcendant, je n’ai jamais connu quelque chose d’aussi fort », affirme M. Jones. À son avis, le discours du 28 août 1963 est passé à l’histoire parce que « la bonne personne a dit les bons mots devant le bon monde ».

 

Est-ce une bonne idée d’improviser ?

 

Je ne compte plus les fois où des gens pour qui j’écris des allocutions :

  • me demandent de leur écrire des notes en marge afin de leur permettre d’improviser
  • tentent de me convaincre qu’il serait préférable qu’ils sortent de leur texte pour improviser – afin de montrer qu’ils sont spontanés
  • se sont littéralement « plantés » en sortant de leur texte !

 

Non, ce n’est pas une bonne idée d’improviser.

Parce que le problème, ce n’est pas de sortir du texte…

C’est de parvenir à y revenir tout naturellement !

 

Dans le cas du Dr King, il n’a pas improvisé : il a tout simplement repris – avec une aisance qui n’est pas donnée à tout le monde – une image forte de ce qu’il ressentait au plus profond de lui-même. Et il est parvenu à l’insérer dans son propos alors qu’il était soulevé par quelque 200 000 personnes gagnées à l’avance à sa cause.

 

Nous sommes loin de la réalité quotidienne des gens qui sont invités à des tribunes plus ou moins accueillantes, où le temps est limité pour livrer un message corporatif…

 

D’où l’importance de s’appuyer sur un texte préparé avec soin.

Évidemment, la personne qui le livrera devra prendre

du temps de qualité afin de se l’approprier.

 

Ce qu’il faut retenir ? Rares sont les invités aux tribunes qui sont du calibre du Dr Martin Luther King.

 

Mais il est possible à tous – appuyés par des rédacteurs de qualité – de se démarquer en misant sur cinq ingrédients, un message clair et une image forte.

 

Qu’en pensez-vous ?

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