Faut-il craindre Paul Arcand ?

Source :.jeanluctremblay.com
Source :jeanluctremblay.com

 

 

 

 

 

 

 

Paul Arcand au 98,5FM, Paul Larocque à TVA, Benoit Dutrizac au 98,5FM, Michel C. Auger à ICI Radio-Canada Première et Sylvain Bouchard au FM93 : ils sont un petit groupe d’intervieweurs à se démarquer, depuis plusieurs années, au sommet des cotes d’écoute à la radio et à la télévision.

 

Et ce qui est paradoxal, c’est qu’un très grand nombre de décideurs et d’influenceurs de tous les milieux les écoutent assidûment, mais… évitent leur micro !

 

Accepter ou non les entrevues corsées ? Ça dépend.

 

L’une des questions que je me fais le plus souvent poser par des clients, des collègues ou des étudiants est la suivante : « Faut-il accorder des entrevues à Paul Arcand et aux autres intervieweurs incisifs ? ».

 

Contrairement à des collègues – en organisation ou en cabinet – qui répondent systématiquement par la négative, je préfère nuancer et répondre ceci :

 

Si vous avez un argumentaire solide à faire valoir, c’est oui.

Mais si votre dossier est indéfendable, il est préférable de ne pas aller se faire tailler en rondelles… 

 

Partons d’un fait : ce sont les entrevues « spectaculaires » que le public recherche. Et pour en obtenir, les stations de radio et de télévision ont recours à des intervieweurs chevronnés. Ceux-ci, à leur tour, font appel à des invités – plus ou moins connus – de qui ils extirpent la vérité… ou, du moins, celle qu’ils recherchent !

 

Il m’apparait important de revenir sur ce sujet – très important pour les professionnels des relations publiques – puisqu’il ne se passe pas une seule journée sans que les médias ne confirment un fait : il est très imprudent que des porte-parole accordent des entrevues sans avoir pris le temps d’écrire les messages qu’ils souhaitent transmettre.

 

En effet : jour après jour, les médias regorgent de citations que les personnes ayant accordé des entrevues regrettent…

 

D’où vient cette imprudence ? De diverses sources, dont celles-ci :

 

  • le temps. Les responsables des communications travaillent déjà à un « rythme de fou »… au quotidien. Ceci explique (mais ne justifie pas) qu’ils prennent rarement le  temps de s’asseoir pour écrire des messages clés pour ceux et celles qui s’adresseront aux médias – y compris eux-mêmes. Et malheureusement – même lorsque les messages ont été préparés – une minorité de porte-parole se les approprient et s’assurent de ne pas déborder…
  • les urgences. Lorsque survient une crise, toutes les excuses sont bonnes – notamment l’importance à accorder à la gestion des opérations – pour faire passer la clarté des messages après tout le reste…
  • la connaissance des sujets. Il ne faut pas faire l’erreur de se dire qu’on n’a « pas de temps à perdre » à relire des notes – préparées par un communicateur qui a résumé pour ne conserver que l’essentiel – sous prétexte que l’on connait le sujet à fond. Cet exercice de concision est très utile ;
  • la pression des journalistes. Un jour, juste avant d’entrer en ondes à la télévision, l’intervieweur a suggéré à l’un de mes clients d’oublier les messages clés que je lui avais préparés, prétextant que l’entrevue serait plus naturelle. Il lui a dit : « Oubliez la cassette que votre communicateur vous a préparé ». Impressionné, mon client l’a suivi… et il s’est fait embobiné bien naïvement !

 

Les Arcand, Larocque, Dutrizac, Auger et Bouchard ne font qu’une bouchée des porte-parole mal préparés !

 

Voici deux exemples d’entrevues…

 

Paul Arcand est sans contredit un intervieweur dans une classe à part. Il y a de quoi être impressionné par sa vive intelligence et sa très grande préparation !

 

Son équipe et lui prennent le temps de faire une recherche de qualité lorsque le temps le permet ; sinon – actualité oblige – Arcand plonge dans le feu de l’action… toujours avec une première bonne question !

 

L’aplomb de Paul Arcand n’empêche pas les porte-parole bien préparés de se démarquer.

 

Récemment,  Diane Lemieux, présidente de la Commission de la construction du Québec, a livré une excellente entrevue avec le roi des ondes, sur un sujet difficile à saisir par M. et Mme Tout le monde. Elle a joué des cartes qui sont nécessaires pour réussir une entrevue :

 

  • une approche claire qui est dirigée vers un public en particulier (dans ce cas-ci, elle s’adressait spécifiquement à ceux et celles qui abusent du système en place dans le secteur de la construction) ;

 

  • des messages forts (« Nous avons les yeux clairs », « Nous avons pris des moyens et nous allons en prendre d’autres », « Nous allons protéger les entrepreneurs honnêtes », « On n’est pas innocents, on sait ce qui se passe ») ;

 

  • des images faciles à visualiser (« jouer au chat et à la souris », « les besoins de cash », « ça va faire le niaisage »).

 

Pourtant, à ce même micro, la metteure en scène Denise Filiatrault  – qui détient probablement le record québécois pour le nombre d’entrevues accordées en plus de 60 ans de carrière – s’est enflammée… mais sans aucun allumage à titre de porte-parole des Janette, à propos de la Charte des valeurs québécoises.

 

Il faut retenir ceci :

 

La plupart du temps, ce ne sont pas les intervieweurs qu’il faut craindre.

Ce sont les porte-parole qui acceptent d’accorder des entrevues en étant peu ou pas préparés – moins que l’intervieweur – alors qu’ils devraient mieux maîtriser leur sujet !

 

Qu’en pensez-vous ?

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3 commentaire(s)

  1. Marie Morneau, ARP 5 années auparavant

    Bonjour Pierre,
    Ce billet est des plus intéressants car il rappelle qu’un bon interviewé et un interviewé préparé. Il est toujours meilleur parce qu’il est plus confiant et sait ce qu’il fait à l’entrevue, ce qu’il a à dire et à défendre.
    Je me permets de rajouter quelques trucs aussi que j’utilisais à l’époque où André Arthur semait la terreur parmi les porte-parole de Québec. Nous acceptions qu’ils accordent des entrevues à M. Arthur seulement en studio, en direct et à la fin de ses émissions. Avec le porte-parole en face de lui, il était toujours plus « aimable ». Il ne pouvait pas leur raccrocher au nez, ce qu’il se permettait quand l’entrevue ne tournait pas comme il le souhaitait. Et à la fin de l’émission parce qu’il ne pouvait pas continuer à déblatérer contre le porte-parole et son organisation durant l’heure et demie et qui suivaient. Et le lendemain, il y avait d’autres sujets. Et ça fonctionnait pas mal bien.
    Bonne journée.

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  2. Michel Pagé 5 années auparavant

    Bonjour Pierre,

    Oui, avec le nom de Paul Arcan, c’est venu me chercher ! Toutes nos qualités et toutes nos défauts sont à la source de craintes ou de peurs… D’où l’importance à accorder … plus à l’intervieweur qu’à l’interviewvé, quant à la responsabilité « engageante » en rapport avec les intentions de l’intervieweur.

    Selon les peurs qui seront en cause au cours de la rencontre; autant de l’intervieweur que de l’interviewvé, que se situe le vrai débat … Autrement dit; selon les intentions de chacun des 2 parties, la tournure de l’entrevue peut « déraper »… Malheureusement, préparé ou non, si l’enjeu des intentions est la « destruction » autant de l’idée de l’autre que de l’autre lui-même, le résultat sera le même, de la démolition d’individus … dans cette situation Paul Arcan est un « maître » … Si, par contre, l’enjeu des intentions est la « construction » « d’une certaine vérité » … dans cette situation également, Paul Arcan est un « maître » …

    En conclusion, si l’on veut rendre agréables et instructives, des entrevues publiques ou privées, mon opinion est la suivante : c’est l’intervieweur qui doit préciser et guider, parfois même ramener les intentions, à un niveau « construction » « d’une certaine vérité » … et y demeurer, si possible, sans accorder l’importance relative au « avoir raison » à tout prix ! Mais plutôt: soit à une pause … pour une suite complémentaire éventuelle à venir (d’information) …. ou à un résumé « honnête » de la situation encourue !

    Notre « Paul Arcan » national en est capable… il faut seulement le lui rappeler, en privé, délicatement … Il y a eu au moins une personne qui, auparavant, le réussissait assez souvent, lors de ses entrevues, c’est monsieur Jacques Proulx … !

    Bonne nouvelle année 2014 ! Santé, santé et santé !

    Michel

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  3. Éric Cardinal 5 années auparavant

    Bonjour Pierre,

    très pertinent, comme toujours. En fait, cette règle de la préparation s’applique à toutes les actions de communication que nous voulons poser. Elle est nécessaire autant pour les entrevues que pour une conférence de presse, un discours ou une simple rencontre. De plus, dans la préparation aux entrevues, il ne faut pas seulement préparer nos messages et les moyens de les communiquer, il faut aussi (idéalement) se préparer aux questions qui pourraient être posées. C’est pourquoi j’aime beaucoup tenir une « répétition » avec mon client avant une entrevue… avec le plaisir de jouer à Paul Arcand ! :)

    Éric

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