Société

Source : TVA, La Presse, Montreal Gazette.

Depuis toujours, le milieu journalistique pratique le PR Bashing, une activité qui consiste à critiquer le rôle-clé des professionnels des relations publiques auprès des organisations ou de leurs clients dans les médias.

Pourtant, à quoi assiste-t-on dans « L’Affaire Patrick Lagacé » de la part du quotidien La Presse, du journaliste lui-même et de l’ensemble des médias du Québec – même de l’étranger ? À rien de moins qu’à une magistrale « opération de relations publiques » !

 

Un journaliste devenu « Affaire »

Décortiquons la séquence des principaux événements des dernières heures :

  • Voulant coincer l’un de ses policiers, le Service de police de la Ville de Montréal (SPVM) a entrepris d’espionner durant de nombreux mois le journaliste Patrick Lagacé, et ce, en prenant connaissance de toutes ses conversations téléphoniques et textos, en plus d’avoir géolocalisé tous ses déplacements. La direction de La Presse est informée vendredi par le SPVM et affute ses armes… de communication ;

 

  • La nouvelle sort lundi – moment stratégique pour que le sujet soit repris, traité et analysé avec vigueur par tous les médias de Montréal et de Québec en particulier, au point de devenir « L’Affaire Patrick Lagacé» ;

 

  • Le sujet suscite rapidement de l’indignation et des interventions dans la classe politique à Québec et à Ottawa. Et le milieu journalistique se mobilise rapidement, alors que les patrons de tous les groupes de presse signent conjointement et diffusent dès le lendemain matin, une lettre de dénonciation du travail du SPVM ;

 

  • « L’Affaire Patrick Lagacé » a un porte-parole en or pour les médias traditionnels et sociaux : le populaire et déjà omni-médiatisé Patrick Lagacé lui-même (La Presse, 98,5 FM, Télé-Québec et SRC) accorde des entrevues partout, tout comme les patrons de nombreux médias ;

 

  • « L’Affaire Patrick Lagacé » engendre des appuis d’indignation de la part de tiers-partis reconnus et influents, tels le président de la Fraternité des policiers et policières de Montréal, Yves Francoeur, et même Edward Snowden  !

 

  • « L’Affaire Patrick Lagacé » incite une victime d’espionnage (Lagacé), son employeur et sa confrérie en entier à passer à l’offensive, les coudes serrés, face à une organisation déjà mal-aimée (le SPVM), et éclabousse d’autres noms au passage (dont le maire Coderre) ;

 

  • « L’Affaire Patrick Lagacé » a provoqué une Xième crise au SPVM. Sur la défensive en conférence de presse et par la suite, son directeur Philippe Pichet a été incapable de défendre sa position et de calmer le jeu, affirmant même qu’il n’était pas impossible que d’autres journalistes aient été ou soient actuellement victimes d’espionnage…

 

Appelons un chat un chat

« Tout ce qui précède, ça s’appelle une « opération de relations publiques. Et cette fois-ci, ce ne sont pas de « méchants relationnistes » qui la dirigent. Ce sont des médias ! »            

Ce cas illustre sans contredit une stratégie de relations publiques mise au point – très habilement, d’ailleurs – par la direction et les avocats de La Presse, et sans doute aussi par des professionnels de relations publiques.

 

Il est tout-à-fait normal qu’il en soit ainsi. C’est même souhaitable, puisque les points de vue de La Presse et de leurs appuis ont été clairs et coordonnés.

 

Que doit-on conclure ?

  • « L’Affaire Patrick Lagacé » fera époque puisque les relations entre les journalistes et les corps policiers (SPVM, Sûreté du Québec et les autres) ne seront plus les mêmes. La méfiance des uns envers les autres – déjà présente à différents niveaux – ne sera qu’amplifiée ;

 

  • Une fois de plus, le grand public est intervenu rapidement dans les médias sociaux pour prendre le SPVM à partie – ce que démontre clairement le sondage de Québecor ;

 

  • Du côté du SPVM, l’absence d’un stratège tel Ian Lafrenière à la table de gestion de cette crise s’est fait sentir ;

 

  • Dès sa sortie de crise – avec ou sans son chef actuel – le SPVM n’aura d’autre choix, lui aussi, de réaliser une magistrale « opération de relations publiques » !

 

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Trente ans à prendre le pouls des Québécois, jour après jour, ça génère tout un bagage !

 

C’est ce contenu d’une grande richesse que le chercheur Jean-Marc Léger a brassé dans tous les sens avec ses collègues Pierre Duhamel et Jacques Nantel. Résultat ? L’excellent ouvrage Le Code Québec : les sept différences qui font de nous un peuple unique au monde .

 

À la différence des 36 cordes sensibles des Québécois  – un ouvrage marquant basé sur les observations intuitives du regretté publicitaire Jacques Bouchard – le Code Québec nous brosse un tableau extrêmement détaillé, fruit de quelque 30 000 sondages, groupes de discussion, études de marché ou recherches sociologiques et économiques réalisées au Québec, aux États-Unis et dans une centaine de pays dans le monde.

 

Bilan ? Le Québec est un peuple à la fois heureux, consensuel, détaché, victime, villageois, créatif et fier. Donc, un peuple aussi rempli de contradictions, aujourd’hui, qu’à l’époque où l’humoriste Yvon Deschamps disait que nous voulions un Québec indépendant dans… un Canada fort !

 

Pour les professionnels des relations publiques… entre autres !

 

Les sociologues se régaleront à la lecture de cet ouvrage de 237 pages. Les professionnels de la recherche, du marketing, de la publicité et du web aussi. Les philosophes et beaucoup d’enseignants au CEGEP et à l’université, tout autant.

 

Mais, j’ai l’impression que Le Code Québec : les sept différences qui font de nous un peuple unique au monde a été écrit précisément pour guider les professionnels des relations publiques. Voici pourquoi.

 

Nous sommes des observateurs par excellence de ce qui se passe dans tous les secteurs de l’activité socio-économique. Nous sommes de plus en plus présents et influents à la table des décideurs. Et nous prévoyons ce qui surviendra au tribunal de l’opinion publique.

 

Il est donc plus qu’utile qu’un tel ouvrage se retrouve dans les mains des professionnels des relations publiques de tous les âges et de tous les milieux. Et aussi, dans les mains de nos clients de l’extérieur du Québec ! Parce qu’il regorge d’observations et d’analyses qui nourrissent la réflexion, et de statistiques qui frappent en plein front…

 

« Sur les 500 attitudes et comportements testés au Québec et au Canada, 71 % étaient similaires. Mais, ce sont les 29 % qui font toute la différence ! ».

 

Ce livre permet également de faire des liens qui seront très utiles à ceux et celles qui travaillent en affaires publiques. Voici un exemple :

 

  • « C’est au Québec que le phénomène du « pas dans ma cour » est le plus présent. (…) On s’oppose à ce qu’une usine de recyclage, une éolienne ou une ligne de transport d’électricité s’installe près de chez soi. Les Québécois ne veulent surtout pas sacrifier un peu de leur confort personnel pour le bien de la communauté. » (p.122)

 

  • « La majorité des Québécois préfèrent trouver un consensus alors que la majorité des anglophones du ROC estiment qu’il faut que le meilleur gagne. La recherche du consensus fait partie de l’ADN des Québécois. » (p.76)

 

  • « Les Québécois ont peur de s’engager tant au niveau politique, économique que communautaire. (…) C’est d’ailleurs au Québec qu’il y a le plus grand écart entre l’intention et l’action. Nous sommes de « grands parleurs et petit faiseurs ». (p. 96)

 

« Autrement dit : Les Québécois s’indignent plus, mais se mobilisent moins. Il s’agit d’un élément-clé à connaître lorsque l’on travaille en acceptabilité sociale  ».

 

Je suggère que l’on débute la lecture de cet ouvrage par… la conclusion. Parce que l’ADN des Québécois – résumé en sept traits identitaires – y est illustré d’admirable façon : en un coup d’œil, tout est dit.

En conclusion : il s’agit d’un livre que tous les professionnels des relations publiques devraient lire afin de pouvoir mettre des chiffres sur les comportements de leur public cible : les Québécois.

Source : Cision

Avec son récent ouvrage intitulé Organizational Listening : The Missing Essential in Public Communication , le Professeur Jim Macnamara sert une véritable douche glacée aux professionnels des communications, des relations publiques et du marketing.

À la suite d’une recherche de deux ans réalisée dans plusieurs dizaines d’organisations et d’un très grand nombre d’entrevues, le Professeur Macnamara en est venu à la conclusion suivante :

 

Les organisations se dotent de fonctions de communication

dont le but premier est de parler, de diffuser et d’informer.

Mais, pas d’écouter.

 

Mon collègue Guy Versailles m’a prêté cet ouvrage qui tend à démontrer que, partout dans le monde, dans tous les secteurs d’activités et dans tout type d’organisation, l’écoute est une fonction sous-développée. Que même les organisations qui disent « écouter » le font le plus souvent qu’autrement dans une perspective de contrôle et de manipulation, et ce, dans le but d’arriver à leurs fins.

Je vous avais prévenu : c’est une douche glacée ! Mais, continuons.

 

“Even in the age of Web 2.0

and interactive ‘social media’

that hypothetically increase

two-way communicative interaction,

“speaking up” is the focus

and listening languishes.” (p. 33)

 

Selon mon collègue Versailles : « On réduit trop souvent l’écoute à une obligation de moyens : quelques audiences publiques, un site web, un sondage, et le tour est joué. Toutefois, ces moyens peuvent aussi bien contribuer à maintenir une distance entre « nous » et « eux »; on croit connaître l’autre alors qu’en réalité, on l’enregistre uniquement dans le but de trouver des arguments pour le contrarier. Ce type de « fausse écoute » est dangereux. Elle procure une illusion de communication… alors qu’en réalité, elle renforce le blocage et le sentiment d’incompréhension entre les interlocuteurs. Pire encore, elle est parfois invoquée pour légitimer des paroles ou des gestes agressants. »

 

Une véritable écoute devrait constituer

l’assise de toute démarche d’acceptabilité sociale.

Soyons honnêtes : est-ce vraiment le cas ?

 

Qu’écoute-t-on, au juste ?

Découlant toujours de la douche d’eau glacée qu’il nous sert, l’auteur nous ramène ceci en plein visage :

 

Les organisations et les professionnels qu’elles emploient écoutent essentiellement… leurs propres messages.

 

Les recherches visent surtout à démontrer à quel point leurs propres messages sont propagés. Ce qui est identifié comme du « issues management » est, plus souvent qu’autrement, la pratique de chercher ce qui peut être récupéré à leur avantage par leur client ou leur employeur.

 

“Preoccupation with content, as well as ‘storytelling’

on behalf of organizations and brands that

has become another buzzword in marketing (…)

maintains focus on production and transmission

that is, on voice and speaking. ”

 

Sur ce, je vous laisse quelques autres extraits pour réfléchir…

Le Professeur Macnamara participera au prochain World PR Forum  qui aura lieu à Toronto du 29 au 31 mai à Toronto.

Avec la collaboration de Guy Versailles

 

Quelques extraits qui portent à réflexion :

 

  • “Public speaking has flourished as a major field of professional practice, but there is no field of practice devoted to public listening.” (p. 31)

 

  •  “Listening is distinctly different to hearing. » (p. 49)

 

  • « Listening requires effort, time, and application. (…) Into an organizational context (…) it requires resources such as personnel, time, and a number of other resources.” (p. 51)

 

  • “First, listening in itself is an ethical requirement. (…) Second, only through listening can organizations know and understand the concerns, anxieties, frustrations, disillusionment, and disenchantment of their stakeholders and publics, as well as their needs, expectations, and hopes”. (p. 68)

 

  • Whereas most marketing communication focusses on generating sales and is therefore promotional and mostly outbound, customer relations is the practice of responding to and supporting customer post-purchase” (p. 78)

 

  • “There is no magical code of conduct that will solve all ethical concerns experienced by public relations professionals… The best advice is that public relations practitioners must listen and utilize two-way communication to be ethical ” (p. 96)

 

  • “Market research involves listening, but in the very bounded sense of understanding potential customers and then using techniques of rhetoric, psychology, and semiotics to persuade them to think and behave in accordance with an organization’s objective. Also (…) the dominant form of marketing communication is advertising, which overwhelmingly one-way transmission of messages – some might say bombardment with information and messages” (p. 211)

 

Stéphane Dion. Sources : Serge Chapleau, Le Devoir

C’est Serge Chapleau qui sera déçu !

Malheureusement pour l’excellent caricaturiste de La Presse et créateur d’Ici Laflaque, le nouveau ministre des Affaires étrangères du gouvernement du Canada ne prête plus flanc à la moquerie…

Rappel des faits.

Élu député de Saint-Laurent à la Chambre des communes en 1996, et aussitôt nommé ministre des Affaires intergouvernementales, l’ancien professeur en sciences politiques a rapidement cristallisé les Québécois :

  • d’une part, il y avait les fédéralistes trop heureux de pouvoir s’appuyer sur un porte-étendard de qualité, qui ont applaudi sa Loi sur la clarté référendaire ;
  • d’autre part, il y avait les souverainistes qui adoraient Chapleau lorsque celui-ci personnifiait Stéphane Dion en rat…

Et que dire des échanges épistolaires entre ce fédéraliste « pur et dur » et le tout aussi « pur et dur » souverainiste Bernard Landry, dans les pages des quotidiens !

Source : hockeygods.com
Stéphane Dion jouant au «hockey bottine» avec Infoman. Source : hockeygods.com

Puis, Stéphane Dion est devenu – à la surprise générale – le chef du Parti libéral du Canada, de 2006 à 2008. Dégommé, il a patiemment poursuivi sa carrière en politique fédérale,  sur les banquettes de l’opposition.

Mal-aimé des médias québécois, Stéphane Dion s’est tout de même fait connaître et respecter comme un interlocuteur disponible, faisant même preuve d’un humour pince-sans-rire que plusieurs ignoraient.

Dans l’ombre, une transformation s’est opérée…

Sans aucun doute, Stéphane Dion est l’un des ministres cumulant le plus d’expérience dans le nouveau cabinet de Justin Trudeau. Mais ne vous attendez pas à voir le même Stéphane Dion qu’à l’époque des crises constitutionnelles ou des coalitions… car nous avons affaire à un « Stéphane Dion nouveau » !

Stéphane Dion sort maintenant de la mêlée

en maîtrisant les cinq « C » de la communication.

C’est qu’il maîtrise désormais les cinq « C » de la communication, soit : la connaissance, la clarté, la conviction, le calme et… les capsules.

  • Connaissance :

Stéphane Dion a toujours maîtrisé ses dossiers – et ce, bien plus que la moyenne de ses collègues parlementaires.

  • Clarté :

« Père » de la Loi sur la clarté référendaire, M. Dion avait déjà le souci de faire valoir ses points de vue avec précision, mais, en leur ajoutant moult détails – parfois trop. Il faut être capable d’aller à l’essentiel.

  • Conviction :

S’il y a une valeur que Stéphane Dion a toujours mis de l’avant, c’est bien la conviction ! Rien n’a changé ici.

  • Calme :

Ce qui frappe, c’est que ce parlementaire aussi passionné qu’à ses débuts est devenu… un sage de notre société. C’est d’ailleurs ce calme qu’il devra démontrer quotidiennement, lui qui est maintenant appelé à diriger un ministère complexe, celui des Affaires étrangères du Canada.

  • Capsules :

C’est ici que la transformation est la plus remarquable !

Tant à la radio qu’à la télévision et dans les quotidiens – il est peu présent dans les médias sociaux – M. Dion s’impose en répétant des messages-clés faciles à comprendre. Deux exemples marquants :

    • « Le Canada est de retour dans le monde »
    •  « C‘est sûr qu’on n’ira pas dans un fast-food le jour d’une réunion importante à l’ONU !»

On ne connaissait pas Stéphane Dion

comme un frappeur de lignes virulentes !

Stéphane Dion faisait ici référence à l’ancien Premier ministre Stephen Harper, qui avait choisi d’assister à l’inauguration d’un restaurant Tim Hortons, en Ontario, plutôt que de participer à une assemblée générale de l’ONU – une décision qui lui avait attiré beaucoup de critiques.

De tels messages capsulés sont très recherchés par les médias – qui se tournent spontanément vers des gens capables de leur en fournir.

Après la Deuxième guerre mondiale,

les citations des personnes interviewées

duraient en moyenne 52 secondes.

Elles ont aujourd’hui… 7 secondes !

De toute évidence, Stéphane Dion est devenu un ministre et communicateur « poids lourd », sur qui le Premier ministre Justin Trudeau peut déjà s’appuyer.

Espérons toutefois que M. Dion ne perdra pas son sens de l’humour… puisqu’il y a fort à parier que Serge Chapleau et Jean-René Dufort continueront de le surveiller !

Marcel Aubut. Source : La Presse

Ça peut sembler impossible aujourd’hui. Mais, Marcel Aubut pourrait très bien surprendre – une fois de plus – et se réhabiliter là où il a été condamné : devant le tribunal de l’opinion publique.

Vendredi dernier, Me Aubut a livré des excuses qui n’étaient pas vraiment assumées. Cette déclaration de Me Aubut, ce sont des « demi excuses » : les mots étaient lourds de conséquences dans sa bouche, mais… c’est vraiment parce qu’il avait les deux genoux à terre qu’il s’est excusé.

Mais, que l’on aime le personnage ou qu’on le déteste, il faut reconnaître que ça lui a demandé beaucoup d’humilité pour prendre la parole comme il l’a fait – le mot « excuse » ne faisant probablement pas partie de son vocabulaire.

 

Me Aubut ou… Roger Sterling ?

Roger Sterling, Mad Men. Source : Source : poptraction.files.wordpress.com

Là où la déclaration de Me Aubut a particulièrement sonné faux, c’est lorsqu’il a affirmé ceci :

« Jamais je ne me suis posé de questions

quant à mon comportement en société ».

J’ai eu l’impression d’entendre Roger Sterling, le principal coureur de jupons de l’émission Mad Men !

En écoutant Mad Men au cours des dernières années, nous avons tous sursauté en voyant les hommes se comporter avec les femmes. Et pour cause :

Une foule de comportements

tolérés dans les années 60

sont devenus, progressivement, inadmissibles.

Parce que la société est nouvelle… à tous les jours !

Après un très long silence, Me Aubut a finalement dit – bien malgré lui – que la société a changé.

Une question me trotte dans la tête : peut-on à la fois piloter l’arrivée des Nordiques dans l’AMH et leur transfert dans la LNH, contribuer à la transformation du mouvement olympique à travers le monde et mener une carrière remarquable comme avocat – donc « vivre » des changements partout – et ce, sans remarquer que les comportements hommes-femmes avaient évolué ?

 

Me Aubut et Joël Legendre

Joël Legendre. Source : 7 Jours

 

 

 

 

 

 

 

En mars dernier, nous apprenions que l’animateur Joël Legendre avait été arrêté pour avoir commis des gestes indécents dans un parc.

« Pas notre Joël ! »

Eh oui… L’animateur si empathique,

l’ami gai qui a adopté et eu des enfants avec son amoureux,

s’est fait prendre les culottes à terre…

Il a d’abord menti aux journalistes et sur sa page Facebook. Avant d’avouer… lorsqu’il n’a plus eu le choix.

Qui aurait alors parié sur un retour rapide et réussi en ondes ?

Trois mois plus tard, il a accordé une entrevue exclusive à Pénélope McQuade, à Radio-Canada. Sans surprise, il a beaucoup pleuré…

Depuis la rentrée, il anime Lip Sync Battle à Musique Plus et connait un très bon succès. Il a recommencé à faire la une des magazines… pour de bonnes raisons !

Joël Legendre et Me Aubut ont abordé leur propre situation différemment :

 

La stratégie.

  • Marcel Aubut a annoncé en conférence de presse qu’il se retirait de la vie publique pour un certain temps.
  • Joël Legendre s’est retiré en l’annonçant via les médias sociaux.

La livraison du message.

  • Joël Legendre témoigne… et pleure.
  • Marcel Aubut lit un texte.

Le temps.

  • Joël Legendre a attendu au moins trois mois avant sa première sortie publique.
  • Marcel Aubut gagnerait à se pointer le nez dans quelques mois… s’il peut démontrer qu’il a vraiment changé.

 

Peut-on se réhabiliter ?

 Oui… dans certains cas, à partir de la séquence suivante :

  1. Avouer. Et le plus vite possible !
  2. S’excuser et prendre ses responsabilités. Ça sonne souvent faux… parce que les excuses ne semblent pas sincères à 100 %. Sans compter que les médias traditionnels et sociaux sont cruels !
  3. Proposer des solutions.
  4. Passer de la parole aux actes.
  5. Prouver aux médias que vous avez changé pour vrai. C’est souvent difficile de démontrer aux médias – qui ont ébranlé votre statut social – que des changements à un comportement décrié ont véritablement été apportés.

 

Que nous réserve Me Aubut ?

Voir Marcel Aubut au plancher, c’est une chose. Mais je suggère à ses détracteurs de ne pas  parier pas trop vite sur la fin définitive de sa vie publique.

Plus qu’à sa fortune, il est évident que

Marcel Aubut tient surtout à sa réputation.

Et qu’il fera tout pour la rehausser.

Marcel Aubut a des fans inconditionnels et des « détracteurs pour toujours ». C’est normal : un tel personnage ne peut que cristalliser l’opinion publique.

Avec la force de caractère qu’on lui connaît, Me Aubut pourrait surprendre… et se réhabiliter dans l’opinion publique.

Pourrait-on le revoir sur la glace du Centre Vidéotron lors du 1er match des Nordiques ? L’avenir nous le dira. Mais je ne serais pas surpris qu’il se soit donné un tel objectif…

Contrairement à Gilles Vaillancourt et à Lise Thibault,

Joël Legendre et Marcel Aubut n’ont pas été accusés au criminel.

Mais, « condamnés » au tribunal de l’opinion publique.

 

Avec la collaboration d’Emmanuelle Rouillard-Moreau.

 

Jack Layton et Stéphanie Trudeau à Tout le monde en parle.

Cette tournée des médias de Matricule 728,

c’était une très mauvaise idée.

Sa personnalité « abrasive » a empiré

la perception négative que bien des gens

avaient déjà d’elle.

 

Paul Arcand au 98,5FM, Paul Larocque à TVA, Benoit Dutrizac au 98,5FM, Michel C. Auger à ICI Radio-Canada Première et Sylvain Bouchard au FM93 : ils sont un petit groupe d’intervieweurs à se démarquer, depuis plusieurs années, au sommet des cotes d’écoute à la radio et à la télévision.

Et n’oublions pas, dans un créneau unique, Guy A. Lepage à Tout le monde en parle.

Ce qui est paradoxal, c’est qu’un très grand nombre de décideurs et d’influenceurs de tous les milieux les écoutent assidûment, et ce, tout en évitant leurs tribunes.

Si Tout le monde en parle a eu l’effet d’une bougie d’allumage dans la campagne électorale de Jack Layton, en 2011, je pense que l’ex-policière Stéphanie Trudeau, alias Matricule 728, regrettera les retombées du carnet d’entrevues entourant la sortie de son livre…

 

Accepter ou non les entrevues corsées ? Ça dépend.

L’une des questions que je me fais le plus souvent poser par des clients, des collègues ou des étudiants est la suivante : « Faut-il accorder des entrevues à Paul Arcand et aux autres intervieweurs incisifs ? »

Contrairement à des collègues – en organisation ou en cabinet – qui répondent systématiquement par la négative, je préfère nuancer et répondre ceci :

 

Si vous avez un argumentaire solide

à faire valoir, c’est oui.

Mais si votre dossier est indéfendable,

ne soyez pas sado-maso

en acceptant d’aller

vous faire tailler en rondelles… 

 

Partons d’un fait : ce sont les entrevues « spectaculaires » que le public recherche. Et pour en obtenir, les stations de radio et de télévision ont recours à des intervieweurs chevronnés. Ceux-ci, à leur tour, font appel à des invités de qui ils extirpent la vérité… ou du moins, celle qu’ils recherchent !

 

Jack Layton : charisme et… substance

Peu importe le type d’organisation, il est excessivement rare de pouvoir s’appuyer sur un porte-parole du calibre de Jack Layton.

En plus d’être particulièrement brillant, il était devenu, en 2011 –grâce à son passage à Tout le monde en parle – celui qu’une majorité de Québécois et de Canadiens aurait aimé accueillir, chez eux, pour prendre une bière ou un café.

Aussi, et malgré sa très grande expérience, M. Layton prenait le temps nécessaire pour préparer les entrevues qu’il allait accorder.

 

Jack Layton a vulgarisé

les dossiers souvent complexes

de la politique fédérale

en misant sur sa personnalité « Bon Jack » !

 

Matricule 728 : la policière est condamnée

 

À l’autre bout du spectre, il y a une policière qui, à la suite du chaud printemps 2012 à Montréal, n’exerce plus sa profession.

Pourquoi ? Parce que plusieurs de ses propos acerbes et ses actions ont été enregistrés et filmés par des citoyens grâce à des téléphones intelligents, et diffusés abondamment dans les médias traditionnels et sociaux…

Diffuser des scènes de quelques secondes, sans permettre de voir ce qui est survenu auparavant, déforme la réalité. Malheureusement, ça suffit pour cristalliser l’opinion.

 

Stéphanie Trudeau a été

condamnée à perpétuité

… au tribunal de l’opinion publique.

 

Ce mois-ci, Mme Trudeau est allée sur différentes tribunes afin de tenter de réhabiliter sa réputation dans la sphère publique.

Mais, qui lui a donc recommandé d’écrire un livre et de se livrer en pâture aux Arcand, Lepage (et ses invités enflammés !) et autres intervieweurs chevronnés… sans oublier la radio de Québec qui en a fait ses choux gras ?

Mal préparée, Matricule 728 n’est pas parvenue à se présenter sous son meilleur jour… Encore blessée, et rancunière, elle n’était pas préparée à affronter les tirs larvés du tandem Lepage-Turcotte et de leurs invités… Voici d’ailleurs quelques-unes des citations marquantes.

 

Les Arcand, Lepage et cie 

ne font qu’une bouchée

des porte-parole mal préparés.

Mais, ils respectent ceux et celles

avec qui ils peuvent avoir

des échanges intelligents.

 

Ces entrevues qui sont regrettées…

Jour après jour, les médias regorgent de citations que les personnes ayant accordé des entrevues regrettent…

D’où vient cette imprudence ? De diverses sources, dont celles-ci :

  • le temps. Les responsables des communications travaillent à un rythme effrené au quotidien. Ceci explique (mais ne justifie pas) qu’ils prennent rarement le  temps de s’asseoir pour écrire des messages clés pour ceux et celles qui s’adresseront aux médias – y compris eux-mêmes. Et malheureusement, même lorsque les messages ont été préparés, une minorité de porte-parole se les approprient et s’assurent de ne pas déborder;
  • les urgences. Lorsque survient une crise, toutes les excuses sont bonnes – notamment l’importance à accorder à la gestion des opérations – pour faire passer la clarté des messages après tout le reste;
  • la connaissance des sujets. Il ne faut pas faire l’erreur de se dire qu’on n’a « pas de temps à perdre » à relire des notes – préparées par un communicateur qui a résumé pour ne conserver que l’essentiel – sous prétexte que l’on connait le sujet à fond. Cet exercice de concision est très utile ;
  • la pression des journalistes. Un jour, juste avant d’entrer en ondes à la télévision, l’intervieweur a suggéré à l’un de mes clients d’oublier les messages clés que je lui avais préparés, prétextant que l’entrevue serait plus naturelle. Il lui a dit : « Oubliez la cassette que votre communicateur vous a préparée ». Impressionné, mon client l’a suivi… et il s’est fait embobiné bien naïvement !

 

Il faut retenir ceci :

 

La plupart du temps,

ce ne sont pas les intervieweurs 

qu’il faut craindre.

Ce sont les personnes

qui acceptent d’accorder des entrevues

en étant peu ou pas préparés 

– moins que l’intervieweur –

alors qu’ils devraient mieux maîtriser leur sujet !

 

Vintage

Plusieurs lecteurs se demandent probablement de qui il s’agit… Les « millé-quoi » ?

Les milléniaux sont actuellement âgés entre 19 et 36 ans. Aujourd’hui, ils profitent d’un meilleur pouvoir d’achat que leurs parents à leur âge et, en 2020, ils occuperont une grande majorité des emplois.

Évidemment, les milléniaux consomment différemment

que les générations précédentes.

L’information, en particulier.

 

Depuis quelques années, il est beaucoup question des milléniaux dans le domaine des communications. Si les publicitaires essaient de trouver le bon angle pour les accrocher et les engager, les professionnels des relations publiques doivent également revoir leur pratique s’ils veulent engager la conversation avec eux.

 

Les milléniaux et la consommation du contenu

Lors du RDV Média d’Infopresse, qui avait lieu le 17 septembre dernier, j’ai assisté aux conférences d’Annie Colbert (Mashable), d’Elizabeth Plank (Mic) et de Sarah Critchfield (Upworthy). Selon ces trois conférencières, le constat était simple : les milléniaux consomment presque uniquement les nouvelles en ligne.

Sarah Critchfield allait encore plus loin en affirmant ceci :

« Contrairement aux générations précédentes,

les milléniaux ne sont pas à la recherche de contenu.

Si celui-ci est pertinent, il se rendra à eux ! »

 

Comment doit-on s’adresser aux milléniaux ?

De telles affirmations démontrent clairement que le travail des communicateurs est appelé à changer et qu’il continuera de se transformer très rapidement.

Tout d’abord, il est devenu inconcevable de se limiter uniquement aux relations de presse traditionnelles si l’on désire rejoindre ce groupe d’âge.

Par ailleurs, les communicateurs n’ont déjà plus le choix d’évoluer vers la production de contenu viral.

Je sais que le terme « viral » peut en effrayer certains. Selon Annie Colbert, le terme « viral » se définit par «highly shareable content». Autrement dit : du contenu que l’on veut partager à tout prix.

Mme Colbert, l’éditrice du contenu viral chez Mashable, explique que chaque marque doit désormais être partie prenante de la conversation avec ses consommateurs :

« Le contenu doit être spécialement produit pour internet (et ses différentes plateformes sociales). Il est faux de penser qu’un contenu destiné aux médias traditionnels conviendra. Le concept de partage est aussi important. Il faut penser à du contenu que nous aimerions partager ».

Elizabeth Plank et Annie Colbert avaient le même constat :

 

« Plus que jamais, avant de communiquer,

il est essentiel de bien connaître notre public cible.

Parce que celui-ci ne partagera du contenu

qu’à une seule condition : il peut s’y identifier ».

 

Pour diffuser quoi ?

Que recherchent les milléniaux ? Du contenu qui est léger, drôle, nostalgique, touchant, ou en lien avec l’actualité.

L’équipe de Mashable suit constamment ce qui se passe sur les réseaux sociaux afin de pouvoir réagir rapidement, dans un délai maximal de 15 minutes après un évènement. Ils s’assurent ainsi d’être au cœur de la conversation.

Règle d’or selon Mme Colbert : « Unline a party, make it early! »

 

Deux bonnes nouvelles !

En conclusion, j’ai deux bonnes nouvelles pour vous, collègues de relations publiques.

Première bonne nouvelle : beaucoup de cabinets de relations publiques ont de jeunes milléniaux parmi leur équipe. Il est beaucoup plus simple de rejoindre une communauté lorsqu’on en fait déjà partie. Utilisez ce changement pour engager les jeunes au sein de votre entreprise, impliquez-les !

Deuxième bonne nouvelle : même si la dynamique de communication évolue, nous avons désormais l’occasion d’engager réellement la conversation avec les publics des organisations que nous représentons.

N’est-ce pas la base de notre pratique professionnelle ?

Sources : Thetelegram.com, img.src.ca, httpeditions.lapresse.ca, s-media-cache-ak0.pinimg.com, s-media-cache-ak0.pinimg.com, arc.library.carleton.ca

Depuis le début de cette campagne électorale, il est évident qu’il n’y a pas de « Harpermanie ». Ni de « Mulcairmanie » ou de « Duceppemanie ». Et encore moins de « Maymanie » !

Mais celui qui souffre le plus de l’absence d’une « manie » – c’est-à-dire d’une véritable excitation envers sa personne – c’est Justin Trudeau… puisque l’expression « Trudeaumanie »  a été créée grâce au phénomène d’attraction qu’exerçait son père !

Rappel des faits.

Le dimanche 7 avril 1968, Pierre-Elliott Trudeau remportait, au quatrième tour de scrutin, la course au leadership du Parti libéral du Canada (PLC). Il devenait du même coup premier ministre du pays, succédant à Lester B. Pearson qui, le 14 décembre 1967, avait annoncé sa démission.

C’était le début de la « Trudeaumanie » au Canada.

 

Source : www.essb.qc.ca

 

À 49 ans, Pierre-Eliott  Trudeau étaitun homme  charismatique et…  célibataire !

 À travers une foule  d’hommes politiques  ternes,

 il fut le premier à  adopter un profil de  « rock star ».

 

L’ancien ministre de la Justice sous Lester-B. Pearson – qui a légalisé le divorce et décriminalisé l’avortement et l’homosexualité – considérait que « l’État n’a rien à faire dans les chambres à coucher de la nation ».

L’histoire retient que P.E.T. (ses initiales amusaient les Cyniques et d’autres humoristes et pourfendeurs) n’a laissé personne indifférent : certains continuent de le vénérer – ce sur quoi « surfe » son fils Justin – alors que sa politique énergétique et ses positions visant à circonscrire le Québec à un rôle de simple province, notamment, ont laissé de mauvaises impressions un peu partout à travers le Canada.

Mais peu importe : la « Trudeaumanie » permet de distinguer deux facettes du Premier ministre du Canada, entre 1968 et 1984 : le politicien et l’homme.

 

Comment débute une « manie » ?

Lorsque survient une « manie », c’est la personne – homme ou femme – qui prend toute la scène.

Trudeau a été le premier homme politique au Canada à sortir des sentiers battus, à l’époque de la télé et des quotidiens en noir et blanc…

Homme coloré et hors-normes – issu d’une famille riche, il était plutôt de gauche au début de sa carrière – il adorait faire parler de lui :

  • Globe & Mail
    Source : The Globe & Mail

    il prenait le volant de sa décapotable et ses gardes du corps partaient à ses trousses !

  • il était toujours accompagné de femmes ravissantes, portant toujours une rose à sa boutonnière !
  • il a fait une pirouette devant la Reine Élisabeth… et bien d’autres choses !
  • à 52 ans, il épousa Margaret St-Clair, alors âgée de… 23 ans
  • tout comme John-F. Kennedy, il a joué à fond la carte de sa charmante famille… jusqu’à son divorce et même par la suite.

Rien de cela n’a à voir avec des projets de loi !

Source : www.archives-expopd.uqam.ca
Source : www.archives-expopd.uqam.ca

Bref, c’est un ensemble d’ingrédients – selon une recette qui n’est jamais identique – qui fait que, très rarement, naît une « manie ». Et, comme le font les grands chefs, il ne faut pas trop brasser les ingrédients… mais plutôt laisser la nature émerger !

Il y  toujours un dénominateur commun entre les « manies » : les gens se projettent dans cette personne. Ainsi, beaucoup d’hommes auraient voulu mener la vie de rock star de Trudeau… et bien des femmes souhaitaient être à son bras !

 

Une « manie », c’est un coup de foudre

d’une population envers une personnalité.

Hier, ce n’était pas le cas et

soudainement… c’est la folie !

Rappelez-vous la « Laytonmanie »…

 

Comment est née la « Laytonmanie » ?

Bien des experts s’accordent à dire que « LE » moment déclencheur de la « Laytonmanie » au Québec, en 2011, fut son passage à l’émission Tout le monde en parle.

Pourtant, ce n’était pas le premier passage du « bon Jack » sur ce plateau… Mais, ce soir-là, il y eut une décharge électrique ! Pendant le reste de la campagne, les gens se bousculaient pour pouvoir assister aux discours de l’homme à la canne !

 

Justin a beau essayer fort…

S’il y a un chef politique canadien qui s’est trouvé aux premières loges pour apprendre d’un « maître », c’est bien Justin Trudeau.

httpi.huffpost.com
Source : httpi.huffpost.com

Pourtant, il a beau essayer fort… il n’y a pas de « Justinmanie ».

Omniprésent dans les médias traditionnels – et sociaux, qui n’existaient pas au temps de son père – avec sa famille ou en faisant de la boxe, prenant des bébés dans ses bras et répétant qu’il est en politique pour aider la classe moyenne : de toute évidence, le courant ne passe pas.

Et, malgré la très longue campagne électorale, il reste très peu de temps au chef libéral et à son entourage pour parvenir à créer une « Trudeaumanie 2.0 »…

 

Aux États-Unis, en 2004…

Chez nos voisins du sud, il aura fallu un seul discours de Barack Obama, lors de la convention démocrate de 2004 – quatre avant de se lancer à l’assaut de la Maison Blanche – pour que débute une « Obamania ».

Aujourd’hui, tous ensemble, prions à genoux pour que ne naisse pas une véritable « Trumpmania »…

Sources : Ordre national du Québec, meteopolitique.com, lapresse.ca, quebec.huffingtonpost.ca, nationalpostcom.files, ici.radio-canada.ca, ctvnews.ca

Depuis l’annonce de son décès, plusieurs facettes de Jacques Parizeau ont été mises en lumière : l’économiste, l’enseignant, le visionnaire, le haut fonctionnaire, l’homme d’état, le chef de parti, le militant, etc.

J’ai envie d’ajouter ma plume au concert d’hommages.

 

          « Monsieur » aura été

          le meilleur communicateur politique

          du Québec moderne.

 

Voici pourquoi :

 

« Ce qui se conçoit bien s’énonce clairement. Et les mots pour le dire arrivent aisément. »

L’adage de Boileau sied à merveille à M. Parizeau.

 

Non seulement parlait-il un français impeccable, mais il se distinguait avec la même aisance dans la langue de Shakespeare… accent british en plus ! Ceci est exceptionnel.

Une fois son objectif politique pour le Québec bien défini, M. Parizeau aura passé toute sa vie à en faire la promotion. Sans détours.

 

Pédagogue un jour…

Ces derniers jours, l’ancien chef d’Option nationale, Jean-Martin Aussant, racontait qu’il a eu l’occasion, au cours des derniers mois, de partager une table avec des gens venus de différents univers et « Monsieur ». Celui-ci s’est présenté ainsi : « Jacques Parizeau, enseignant ». C’est tout dire !

Le moins que l’on puisse dire, c’est que M. Parizeau aura été conséquent dans son approche pédagogique ! Et ce, tant avec ses étudiants qu’avec le grand public.

Le voici ici en 1973, à titre de candidat du PQ, crever l’écran à la télévision en démystifiant le budget du Québec.

 

 

Pour ce qui est de la présentation des budgets du gouvernement Lévesque, elle était toujours qualifiée de « spectaculaire »… même par ses adversaires !

 

          Parizeau utilisait en politique,

          les mêmes trucs avec lesquels,

          dans des nuages de fumée de Players,

          il impressionnait ses étudiants à HEC :

          faits, clarté et images.

 

« Comment dirais-je… »

Très conscient de l’attention dont il faisait continuellement l’objet – que ce soit avant, pendant ou après sa carrière politique – « Monsieur » maîtrisait à merveille, le rythme de ses déclarations.

Ainsi, il pouvait débiter ses propos avec vigueur, puis s’arrêter brusquement en disant : « Comment dirais-je… ». Il glissait alors, très doucement et en maniant à merveille les silences, l’essentiel de son propos.

Le résultat recherché était toujours atteint : M. Parizeau captait alors l’attention de ses différents publics… et faisait souvent ainsi la manchette dans les médias !

 

          À l’occasion, M. Parizeau surprenait

          en utilisant une expression de son cru,

          dont celle-ci : l’autopeluredebananisation.

 

C’est ce que rappelle le chroniqueur Simon Jodoin dans la plus récente édition de Voir.

 

Les meilleurs s’entourent… des meilleurs !

On raconte que M. Parizeau écrivait lui-même les discours de ses budgets. En fait, il est possible de croire que son équipe lui soumettait des projets de textes et qu’il y mettait sa touche.

Chose certaine, « Monsieur » s’est toujours entouré d’excellents stratèges et de communicateurs qui, avec un grand doigté, parvenaient à le faire réfléchir et parfois même à prendre des décisions contraires à celles envisagées – ce qui n’est pas peu dire, quand l’on travaille dans l’entourage d’un pareil personnage…

 

Si « Monsieur » pouvait trouver du temps pour se préparer…

Les lecteurs assidus de ce blogue connaissent ma « saine obsession » pour la préparation des interventions publiques.

Or, M. Parizeau était particulièrement sensible à la préparation de chacune de ses interventions. L’un de ses anciens adjoints m’a raconté qu’il réservait dans son agenda pourtant chargé, du temps pour préparer ses rencontres avec les journalistes des hebdomadaires de sa circonscription de L’Assomption.

Alors que d’autres élus improvisaient, « Monsieur » recourait à sa formule à succès : faits, clarté et images !

 

Viser la raison pour… toucher le coeur

C’est un fait : les charismatiques chefs René Lévesque, Lucien Bouchard et Jack Layton ont été très aimés, alors que le cérébral Jacques Parizeau aura été, de son vivant, respecté des Québécois.

Mais, force est de constater que, depuis quelques jours, les Québécois ont manifesté beaucoup d’affection à « Monsieur » !

Pierre Karl Péladeau

À première vue, rien n’unit Pierre Karl Péladeau et Martin Luther-King : leurs origines, tout comme les causes défendues, sont diamétralement opposées. Leur aisance en public est également fort différente. Pourtant, tous deux ont choisi de promouvoir une société différente et d’y consacrer leurs meilleures énergies.

Dans mon blogue du 5 mai dernier intitulé S’exprimer avec son cœur ? Oui. Mais… pas par cœur ! , j’insistais sur l’importance de la préparation de toute présentation devant différents groupes.

Aujourd’hui, j’ai envie de continuer dans cette veine en attirant votre attention sur le contenu des présentations. Et ce, en analysant deux allocutions : l’une, présentée le 15 mai dernier par le nouveau chef du Parti Québécois, Pierre Karl Péladeau; l’autre, de Martin Luther-King, qui n’a plus besoin de présentations après avoir marqué plusieurs générations.

Loin de moi l’idée d’élever la première allocution de PKP à titre de président du PQ au niveau de celle, si marquante, de Luther-King. Mais, lorsque l’on s’y arrête, ces deux allocutions ont plusieurs traits en commun…

Une recette en 10 ingrédients

Voici quelques trucs qui semblent avoir été pris en considération par l’entourage de M. Péladeau en toute fin de campagne, et qui ont sans doute guidé l’instinct de Martin Luther-King, à une autre époque :

  • Identifier des groupes – parfois même des personnes – à qui l’on souhaite s’adresser tout particulièrement

Comment peut-on atteindre nos cibles ? En prenant le temps de les identifier très précisément !

  • Établir précisément les messages-clés
  • Être empathique et rassembleur
  • Raconter une histoire

Il faut rapidement capter l’intérêt de l’auditoire afin que ce chacun se dise : c’est pour moi que cette personne est venue parler !

  • Avoir une image forte qui, espérons-le, animera les discussions
  • Écrire en pensant à des gens que l’on connaît et qui pourraient entendre cette allocution
  • Tester les messages clés auprès de gens de confiance
  • Prendre le temps pour répéter l’allocution
  • Se familiariser avec l’environnement où sera livrée l’allocution
  • S’approprier le texte afin d’être authentique !

PKP : élargir sa base de sympathisants… In English!

Voici quelques éléments qui démontrent bien la préparation qui a mené à cette allocution de PKP, le 15 mai dernier :

  • Il a identifié des groupes et des personnes en particulier.
    Une fois élu, PKP doit maintenant séduire non seulement les sympathisants du Parti Québécois, mais également les Québécois qui ont des « atomes crochus » avec l’indépendance du Québec et la social-démocratie. Le recours à des mots tels « succès » et « fierté » (pour des sympathisants égarés) et « progressiste » (pour Marc Laviolette et la clientèle d’Option Nationale) n’est pas le fruit du hasard…
  • Il a raconté une histoire.
    Ses premiers mots ? « Le 20 mai 1980… » afin d’illustrer ce qui l’a profondément marqué, à un moment charnière de l’histoire de sa nouvelle famille politique.
  • Il s’est imposé une gestuelle.
    Pour être conséquent, PKP devait rappeler son engagement à faire du Québec, un pays. Mais, contrairement au moment de l’annonce de son arrivée en politique, il l’a fait… les mains dans ses poches !
  • Il a parlé anglais !
    Après avoir été critiqué pour avoir crié « En français ! » à un groupe de musiciens en Abitibi, voici maintenant PKP qui s’exprime longuement en anglais – sans doute une première dans les annales du Parti Québécois !

Pourquoi ? Dans sa démarche visant à devenir Premier ministre, PKP doit démontrer qu’il maîtrise très bien cette langue (contrairement à quelques-uns de ses prédécesseurs) ; envoyer un message clair aux nations anglophones du Canada et d’ailleurs ; et démontrer l’ouverture de ses militants à cette langue.

Une intervention en anglais au PQ sans huées ? C’est nouveau !

Martin Luther-King : frapper l’imaginaire !

Faits saillants de l’allocution prononcée par Martin Luther-King le 28 août 1963 :

  • Il a identifié des groupes et des personnes en particulier.
    Il est clair que Martin Luther King a profité de cette tribune pour, à la fois, rassurer sa base et faire appel à l’ouverture de la majorité blanche.
  • Il a établi précisément ses messages-clés.
    Dans un texte qui coule de source, ce pasteur a rappelé les inégalités du siècle précédent, tout en parlant d’avenir avec espoir.
  • Il a raconté une histoire.
    Ses premiers mots ? « Il y a 100 ans, un grand Américain… »
  • Il a été empathique et rassembleur.
    Luther King avait bien saisi l’importance du moment et savait très bien qu’il devait prononcer une allocution marquante. Et il a admirablement réussi, touchant les cœurs et les esprits avec un texte des plus captivants.
  • Il a utilisé une image (qui est devenue forte).
    Le fameux « I have a dream » a été percutant parce que Martin Luther King l’a utilisé dans la dernière partie de son allocution, le répétant à de très nombreuses reprises pour débuter ses affirmations. Et plus il se passionnait, plus la foule s’enflammait !

À elle seule, l’affirmation « I have a dream » n’avait rien pour soulever la foule. C’est sa répétition, habilement écrite et livrée, qui a fait époque !

Ce qu’il faut retenir ? Ce n’est pas le hasard qui produit des allocutions de grande qualité, mais plutôt les efforts en stratégie et en rédaction. Autrement dit : la PRÉ-PA-RA-TION !

Avant même de penser à se démarquer à une tribune, je vous suggère d’avoir ces 10 trucs en tête !